Que pourriez-vous nous dire pour nous présenter votre personnage, le lieutenant Morgane Artaud ?
Olivia Côte : Vous savez, je n’ai pas la télé, donc pas de TF1. Et quand je regarde des trucs sur mon ordi ou ma tablette, ce sont plutôt des docs sur les animaux ou sur la Seconde Guerre mondiale… Mais, quand j’ai reçu et lu le scénario, je me suis dit : "Là, il y a quelque chose qui m’intéresse ! Quelle va être la réaction d’une flic comme Morgane Artaud face à une femme qui dit avoir été violée ?" Je trouvais courageux, et pas très politiquement correct, que la série, pendant plusieurs épisodes, puisse laisser penser que Jeanne, interprétée par Audrey Fleurot, est une mythomane.
Je crois que vous aimez bien passer du temps sur le terrain pour vous imprégner du réel. L’avez-vous fait avec des policiers avant de tourner Mensonges ?
En fait, j’avais déjà effectué cette démarche pour le film Elle l’adore (avec Sandrine Kiberlain, sorti en 2014, ndlr). J’avais passé cinq jours en compagnie de policiers dans un commissariat du 15e arrondissement de Paris. Il y avait là une brigade ou une unité dédiée aux dépôts de plainte pour viols. À l’époque, bien avant #MeToo, cela m’avait glacée, déprimée d’entendre des policiers, notamment des femmes, m’expliquer que les cas de mythomanie étaient fréquents. Qu’il s’agissait, souvent, d’histoires de vengeance… Et que, parfois, à l’inverse, des femmes qui avaient été violées hésitaient vraiment à porter plainte par crainte de ne pas être crues…
Est-ce vous qui avez suggéré que Morgane soit enceinte et que cela se voit à l’écran ?
Dans la version anglaise originale (Liar, avec Ioan Gruffudd et Joanne Froggatt), le personnage attend aussi un enfant. Et cela mène à une scène très transgressive, mais qui n’a pas été reprise dans l’adaptation française. J’en ai parlé aux producteurs, mais on ne m’a pas donné d’explications. Cela donne une espèce de détermination à Morgane, d’autant qu’elle n’est pas toute jeune et que l’on comprend vite que c’est son premier enfant. Ce qui est amusant c’est que, moi qui n’ai pas d’enfants, on me demande assez souvent de jouer des rôles de femmes enceintes.
Que gardez-vous comme souvenirs de ce tournage à Collioure, dans les Pyrénées-Orientales, en plein deuxième confinement ?
J’ai dansé… Je vous explique : en arrivant à Port-Vendres, je suis allée gambader près de la mer, sans remettre mon masque de manière à me remplir les poumons de bon air. Il n’y avait pas un chat… Je me suis fait arrêter par deux policiers, vraiment très, très jeunes, qui patrouillaient en voiture et qui voulaient me mettre une contravention. Et, bien sûr, je n’avais pas ma carte d’identité sur moi. Alors, j’ai improvisé. Je leur ai fait une danse de la joie, en tirant la langue, en m’agitant… Je pense qu’ils ont été à la fois estomaqués et saisis de compersion ! C’est un mot que je ne connaissais pas il y a encore un an, qui signifie que vous êtes inondé de joie et de plaisir en voyant le plaisir des autres…
Mensonges : jeudi 9 septembre à 21h05 sur TF1
Interview Frédérick Rapilly