L’épisode pilote de la série, diffusé en janvier 2022, a été suivi par plus de 4 millions de personnes. Vous attendiez-vous à un tel accueil du public ?
Nous avons été surpris même si moi, personnellement, je pensais qu’il y avait matière à faire un succès. Je pense qu’il est rare d’avoir des héros de télévision qui jouent un duo père/fille et qui le sont vraiment. Voir comment ils se débrouillent peut intéresser le public.
Hannibal, votre personnage, est aussi bourru et impulsif qu’attachant…
Il m’amuse beaucoup ! Je n’ai pas été cherché très loin dans le travail de caractérisation de mon personnage parce que je lui trouve des similitudes avec ce que j’ai joué pendant des années, notamment avec l’inspecteur Auquelin, ce flic un peu borderline aux méthodes à l’ancienne de Navarro. Hannibal est un peu sa prolongation. Jouer Hannibal est facile pour moi. Il est assez proche de moi. Je suis un peu sauvage, déconneur, ironique…
Est-ce le fait de jouer avec votre fille, Julie-Anne Roth, qui vous a poussé à accepter ce rôle ?
Ma fille a un parcours différent du mien. Elle a fait beaucoup de théâtre, comme moi, mais aussi beaucoup de cinéma et très peu de télévision. Elle ne voulait pas faire de séries pour ne pas être marquée au fer rouge. Elle hésitait à accepter la série. Elle m’a appelé en me demandant ce que je pensais de ce projet de série qu’elle trouvait très bien. Je lui ai dit de passer les essais. Elle l’a fait et a demandé qui allait jouer son père. Ils lui ont répondu : "Si ton père pouvait le faire, on serait contents. Mais on sait qu’il ne fait pas d’essais. Donc c’est compliqué pour nous". Elle m’a appelé en me demandant si je voulais en faire avec elle. Je lui ai dit : "D’accord mais pas tout de suite. Attends de voir si tu es dans la shortlist parce qu’à mon avis ça va te desservir". Quand elle a été présélectionnée, il ne restait qu’une ou deux actrices. Je suis revenu quarante ans en arrière, au moment de mes derniers essais. On a attendu un peu et on a été pris. J’avais envie de tourner avec elle. Nous avions déjà travaillé une fois ensemble mais très rapidement. Il y a une connivence de jeu et personnelle qui est très forte. J’ai retrouvé ce que je vivais avec Daniel Rialet (son meilleur ami et partenaire dans Père et Maire qui est mort brutalement en 2006 des suites d’une crise cardiaque, ndlr).
Il y a une évidence entre vous ?
Avec Daniel, on n’avait pas besoin de se parler, on se comprenait. Il y avait quelque chose de magique dans nos rapports. C’est pareil avec ma fille même si nous avions des méthodes de travail un peu différentes. J’ai l’air un peu dilettante mais c’est car j’ai beaucoup de métier. Je me concentre sur la scène alors qu’elle est plus sérieuse.
Vous êtes-vous inspirés l’un de l’autre ?
Elle a découvert des choses chez moi et inversement. J’ai appris d’elle une certaine rigueur de préparation. Julie-Anne a compris que j’avais une certaine expertise dans la comédie. Elle, elle a une connaissance technique. Moi je m’en fous de ces histoires de plans. Je joue pour la scène, pas pour la caméra. C’est au réalisateur de faire ses choix, ça ne me regarde pas. Julie-Anne a déjà réalisé des projets donc elle avait ce regard-là et cette intelligence de dire de temps en temps : on va faire comme ça car ça correspond mieux à ce que le metteur en scène est en train de mettre en place.
Vous aviez dit à plusieurs reprises que vous ne vouliez plus faire de séries. Est-ce la présence de votre fille qui vous a fait changer d’avis ?
Bien sûr ! Vous savez, quand on arrive à un certain âge, on sait que toutes les choses sont précieuses. Passer cinq mois à tourner avec sa fille, c’est un cadeau du ciel. C’est un bonheur qui va perdurer à l’écran. C’est formidable aussi pour les enfants, ses frères, ses sœurs, mes petits-enfants. C’est un album de famille.
Votre manière d’envisager votre carrière a-t-elle changé depuis vos débuts ?
Je n’ai pas beaucoup évolué. Je suis un acteur qui ne sort pas beaucoup et qui ne va pas rencontrer des metteurs en scène pour avoir du travail. Je ne vais pas à la pêche, je ne vais pas flatter les gens. Je suis un peu sauvage. C’est l’occasion qui fait le larron. Là, ma fille m’a appelé. Sinon le travail, je me le crée. Je crée mes séries, j’écris mes scénarios. Depuis qu’on a tourné Les Pennac(s), je n’ai rien fait. C’est un métier où il faut être désiré.
Les Pennac(s), mardi 13 février à 21h10 sur France 3