
FRANÇOIS VÉROVE : UN TUEUR EN SÉRIE INSOUPÇONNABLE
Plus de trois décennies durant, le Grêlé (qui doit ce surnom à l’aspect de sa peau) a échappé à la police. Il était soupçonné d’au moins quatre meurtres et de six viols, commis entre 1986 et 1994, en région parisienne. Il aura fallu attendre son suicide, en 2021, pour que les autorités l’identifient formellement et mettent fin à l’une des plus célèbres affaires non élucidées de la justice française. Son nom : François Vérove. Marié, père de famille et paisible retraité installé dans le Sud de la France au moment de sa mort, il officiait en tant que gendarme, puis policier, à l’époque des crimes. Ce monsieur Tout-le-Monde avait même participé au jeu de France 2 Tout le monde veut prendre sa place, en 2019, face à Nagui.
"Raconter cette histoire vraie, sans faire de divertissement"
En s’appuyant sur le livre de la journaliste Patricia Tourancheau Le Grêlé : le tueur était un flic (Éditions Points), Insoupçonnable dresse le portrait de ce docteur Jekyll et mister Hyde. « Quand l’affaire du Grêlé a rebondi, j’ai reçu de nombreuses propositions de producteurs », explique cette spécialiste des faits divers. « Certains imaginaient du gore, du glauque. Ça ne m’intéressait pas. En revanche, j’avais confiance en la productrice Élodie Polo Ackermann, avec qui j’avais déjà travaillé, pour élaborer quelque chose de plus profond. Nous avons voulu proposer un programme qui ne soit pas purement du documentaire ou du reportage. » La productrice exprime, en effet, son envie de « raconter cette histoire vraie, puissante, qui bouscule la société française, avec beaucoup de respect, sans faire de divertissement, en engageant une réflexion et en apportant une profondeur de traitement ». Anne Holmes, directrice des programmes et de la fiction française de France Télévisions, enchaîne : « Après Sambre, sur une autre grande affaire judiciaire, l’idée n’était pas de multiplier les séries sur les faits divers. Finalement, Élodie nous a convaincus de faire un docu-fiction. »
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UNE EXPERTISE PSYCHIATRIQUE POSTHUME
« Comme François Vérove s’est donné la mort, il n’y aura jamais de procès, et donc pas d’expertise psychiatrique. Ce qui était une grande frustration. Nous nous sommes dit que le fil narratif de la fiction serait donc de reconstituer une expertise psychiatrique posthume, grâce à Daniel Zagury », complète Patricia Tourancheau. L’éminent psychiatre et expert auprès des tribunaux tente, tout au long des quatre épisodes, d’entrer dans la tête du tueur. Il confie : « Le documentaire et la fiction vont de pair. Au fond, je trouve vertigineuse cette méditation sur le mal, où l’on amène les téléspectateurs vers autre chose que ce à quoi ils sont habitués, sans tomber dans la mythologie scabreuse des tueurs en série. Ça m’a convaincu. J’ai constamment cherché à rester à ma place, je ne voulais pas être une espèce de héros des ténèbres. »
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« Grâce au travail préparatoire de Patricia Tourancheau, nous avions de nouveaux témoignages, exclusifs, des gens qui connaissaient l’affaire de l’intérieur, révèle de son côté le réalisateur, Élie Wajeman. Cette richesse de contenu faisait qu’il était essentiel de ne pas traiter le sujet comme une fiction pure. Ces témoins ont donné un peu de leur âme et de leurs fêlures. Je me devais de les filmer avec cette sensibilité. »
Insoupçonnable, mardi 24 septembre à 21h10 sur France 2