Votre personnage, Vladimir Mirceanu, est originaire des Carpates, porte le costume noir et craint la lumière… Serait-il un héritier de Dracula ?
Richard Sammel : Il est vrai que l’on a joué avec ces codes, que je trouvais, personnellement, très caricaturaux. Mais j’ai vite compris que l’on pouvait contrebalancer cela avec un jeu très nuancé et humain. L’important étant de révéler la vérité de cet homme, sans jouer quelque chose de trop construit, contrairement à son apparence.
Il n’empêche, vous avez incarné un vampire dans la série The Strain (Canal+), mais aussi des nazis, de nombreuses fois. Inspireriez-vous la monstruosité chez les réalisateurs ?
En tant qu’Allemand, à l’étranger, vous faites une carrière en partie basée sur l’inconscient collectif du XXe siècle. Le cinéma, comme la télé, traite des traumatismes de l’humanité, qui ne sont pas encore digérés, comme le nazisme. Il faut reconnaître aussi que j’ai un visage assez dur. Même complètement relâché, j’impressionnais mes enfants quand ils étaient petits ! (Rires) Du coup, je suis devenu une référence en matière de méchant au cinéma : La vie est belle, OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, Inglourious Basterds… Mais une fois que je me suis senti enfermé dans ce registre, j’ai renoncé aux rôles de nazi, à de rares exceptions près. Un village français en est une.
Pourquoi avoir accepté d’incarner Heinrich Müller dans la fresque historique de France 3 ?
Avant d’être allemand, je suis acteur. J’ai vu tout le potentiel qu’offrait ce rôle, contrairement à celui qui m’était proposé dans un premier temps : un officier allemand avec un monocle, mangeant de la charcuterie en parlant… Quelque chose proche de la commedia dell’arte. Cela ne m’intéressait pas. Alors qu’en Müller, il y avait plein de choses à explorer : ses vraies motivations, ses émotions profondes… Notamment grâce à son histoire d’amour avec Hortense Larcher (Audrey Fleurot, ndlr). Sans quoi, il n’aurait été qu’un énième SS de service : brutal et autoritaire.
Revenons à César Wagner. Le nom n’a, évidemment, rien à voir avec le compositeur allemand Richard Wagner, mais il doit, pourtant, résonner en vous, car vous avez étudié la musique, pendant votre jeunesse…
Je jouais du violon, mais je n’ai jamais joué Wagner. (Rires) À l’époque, j’étais le Guignol de la fac. C’est, d’ailleurs, ce qui a fini par me pousser sur les planches.
À lire également
Votre français impeccable révèle chez vous un lien fort avec notre pays. Quelle en est l’origine ?
Enfant, j’ai choisi le français comme deuxième langue vivante. Et ma première petite amie a été une Française, dans le cadre d’un échange scolaire. Ça joue beaucoup, l’amour… Plus tard, j’ai eu une bourse pour suivre des études à Aix-en-Provence. Je me suis même « méditerranisé » un peu plus, pendant quelques années, ma première femme étant italienne. Notre propre culture est identitaire. La culture de l’autre, elle, intrigue, excite, attire, rend curieux. Je trouve que c’est une très jolie dynamique.
César Wagner : vendredi 4 décembre à 21h05 sur France 3
Interview Frédéric Lohézic