Quelle a été votre réaction à la lecture de ce surprenant scénario ?
Jean-Marc Barr : Je me souviens, j’étais sur une terrasse, en Italie, en plein été… Et, tout à coup, je me suis retrouvé dans les bois norvégiens ! J’ai tout de suite pensé au film Solaris, d’Andreï Tarkovski (sorti en 1972, ndlr). À l’effroi métaphysique et mélancolique. J’étais très touché. Ici, il n’est pas question de peur immédiate, mais existentielle. Je me suis dit qu’Arte avait fait fort. C’est une série qui ne rentre dans aucun moule. Impossible de ne pas être intéressé.
Serge, votre personnage, est très mystérieux…
Oui. Il fait partie de l’équipe depuis longtemps. Mais il a une histoire cabossée, tordue par la vie. C’est un homme très seul, condamné à vivre avec un drame du passé. Au fond de lui, il est déjà mort. Cette corde va révéler des choses chez lui. La série donne la possibilité de s’identifier à des êtres aux conflits intérieurs très différents.
À lire également
Que dit leur quête sur l’être humain, selon vous : que, à force de courir après des chimères, on se perd ?
Peut-être, oui. Pour moi, elle dit surtout que nos vies sont linéaires et magiques, et qu’elles ne s’arrêtent pas à un point précis. Si l’être humain connaissait son destin, il ne le vivrait pas.
Était-il compliqué de tourner en pleine forêt ?
Non, le plus compliqué, c’était de tourner en pleine pandémie : des tests chaque jour, la peur que le tournage s’arrête, pas de lien social en dehors des prises… Jouer, c’est une aventure humaine. Depuis que la pandémie est là, c’est dur d’être humain.
Vous partagez une scène très puissante avec Jeanne Balibar…
Sans trop en dévoiler, je peux dire que oui, cette scène reste à l’esprit ! Jeanne a un grand talent. Elle a un sens de la tragédie incroyable.
Appréciez-vous d’évoluer dans un casting où les acteurs sont de nationalités et d’âges différents ? C’est un peu à l’image de votre vie et de votre filmographie, finalement…
Oui, j’ai toujours été un peu un ovni. Cela m’a permis d’apprendre à m’adapter, et ainsi, j’ai pu participer à des projets très divers. À l’époque du Grand Bleu, j’étais l’un des rares comédiens à parler deux langues. Aujourd’hui, c’est devenu quelque chose de courant.
On vous voit peu sur les écrans français. Est-ce une volonté de votre part ?
Oui. Après Le Grand Bleu, je me suis beaucoup concentré sur ma carrière à l’international. J’ai souvent joué dans des films indépendants, avec peu de moyens… mais ils existent !
Depuis plusieurs années, vous donnez également des spectacles sous l’eau. De quoi s’agit-il exactement ?
Ce sont des concerts subaquatiques, en piscine ou dans des criques, que j’organise avec le compositeur et apnéiste Michel Redolfi. Michel joue un instrument magnétique, que les gens ne peuvent percevoir que lorsqu’ils sont immergés. Moi, je lis des textes sur l’eau, avec un micro. C’est l’opposé total du nightclub ! C’est très énergisant. Si l’eau devient un espace culturel, peut-être que l’on aura envie de la préserver un peu plus…
La corde : jeudi 27 janvier à 20h55 sur Arte
Interview Amandine Scherer