On sent beaucoup de tendresse dans cette série. C’est aussi ça qui vous a attirée lorsqu’on vous a présenté Septième Ciel ?
J’ai trouvé la série bien écrite. Il y a bien sûr la sexualité pour 80 ans mais aussi pour 50 ou 20 ans. Ce sont autant d’étapes dans lesquelles on rencontre le désir et où quelque chose doit s’inventer. Accepter l’aventure sexuelle des plus âgés permet tout à coup d’envisager la sienne avec plus d’audace. On est vivants jusqu’au bout ! Ecrite avec beaucoup de tendresse, cette série est aussi une comédie. C’est drôle et profond.
Dans cette saison 2, présentée en avant-première au Festival de la Fiction de La Rochelle 2024, votre personnage est confronté au deuil de son père et à une vraie remise en question, notamment avec son mari…
Je suis très heureuse de la façon dont mon personnage se développe. Je trouve qu’on parle peu de ce moment dans la vie où les enfants s’en vont, les parents aussi et où le couple se retrouve dans cette dynamique de devoir se réinventer. Le mari d’Isabelle veut tout lâcher et partir. Il a une notion de l’aventure. Elle aimerait aller avec lui mais il y a ce deuil… Elle a du mal à ressentir ce besoin d’aventure en elle et n’ose pas le dire à son mari de peur de le froisser. Ils ne savent plus très bien s’ils s’aiment encore et comment ils s’aiment. Se dire qu’on va continuer comme avant, lors du départ des enfants, est une erreur. Il y a une nouvelle aventure à prendre avec la même dose d’imagination, d’invention et de patience.
Sans trop spoiler, il y a une scène très drôle dans laquelle vous parlez à des balles de tennis…
Isabelle va très loin (rires) ! Elle sent qu’elle doit réinventer un langage, ne serait-ce que pour elle. Les moyens pour communiquer qu’elle connaissait ne correspondent plus à ceux d’aujourd’hui. Comment renouveler ce langage de désir lorsqu’on a vécu 25 ans ensemble ? Comment se réinventer au même moment ? C’est aussi un sujet dont on parle peu, tout comme la sexualité des plus de 80 ans.
Quel regard portez-vous sur cette série Septième Ciel ?
Dès la lecture de la série, j’ai été touchée par son écriture et son énergie. J’ai d’ailleurs eu le même plaisir en lisant la saison 2 que la saison 1. C’est une série qui parle de nous. C’est un peu un miracle puisque ce n’est pas une immense production mais elle a trouvé son public. C’est, je trouve, un projet de cœur.
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On vous a vue récemment dans le dernier film de Rithy Panh (Rendez-vous avec Pol Pot), dans Why War d’Amos Gitaï ou encore dans la série The Affair. Votre carrière est très éclectique. Qu’est-ce qui guide vos choix ?
Soit le réalisateur, soit le fait qu’un projet me touche. Pour Septième Ciel, je trouvais que cette sexualité du troisième âge mais aussi de la cinquantaine étaient très bien écrites alors que ce sont pourtant des jeunes auteurs. Je ne sais pas comment ils ont fait pour se projeter d’une telle façon dans tous ces âges… Il y a une telle délicatesse là…
Vous fonctionnez au coup de cœur ?
Oui. Je me demande par exemple si j’aimerais voir le film au cinéma ou à la télévision, si j’irais voir la pièce de théâtre… Il faut que le projet me donne envie !
Ces héros du troisième âge sont assez libérés. Certains disent d’ailleurs que "c’est leur dernière chance d’être vraiment eux-mêmes"…
Un poème de Charles Bukowski dit "Ta vie c’est ta vie (…) les dieux t’offriront des chances. Connais-les, prends-les. Tu ne peux pas battre la mort mais tu peux battre la mort en vie, parfois". A 20 ans, comme à 15, à 50 ou à 80 ans, il peut arriver de se demander si on est en train de passer à côté de sa vie. Il n’y a pas d’âge pour se sentir déconnecté et ne plus trouver le chemin avant de retrouver l’étincelle.
Dans votre carrière, vous êtes-vous posée cette question : "Est-ce que je passe à côté de certaines choses ?" ?
Oui, régulièrement. J’ai eu des moments très positifs dans lesquels j’étais en phase avec tout ce qui se passait et d’autres où ce n’était plus le cas. Ce sont souvent des périodes de transition, de changements intérieurs ou extérieurs. On est déphasé…jusqu’au moment où on arrive à reprendre contact avec la vie. Les rencontres professionnelles, amicales, amoureuses ou familiales sont des vrais moteurs pour reprendre confiance en la vie.
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Vos fils, Paul (Le Règne animal, Les Enfants après eux) et Samuel Kircher (L’Eté dernier) sont aussi comédiens. Qu’avez-vous ressenti lorsqu’ils ont décidé de suivre vos pas ?
Mon mari, Jérôme Kircher, est lui aussi comédien. Nous les avons emmenés ici et là. Nous sommes heureux de voir que ça leur a donné envie de faire ce métier-là et qu’ils le font avec beaucoup de talent, de lumière et d’énergie. Ils nous épatent par leur énergie, leur inventivité et leur manière personnelle de prendre ce métier.
Leur avez-vous donné un conseil pour réussir dans ce milieu difficile ?
Il n’y a pas eu de conseils très solennels, plutôt des choses transmises sans qu’on le sente. On dit d’ailleurs que l’éducation passe beaucoup plus par ce qu’attrapent les enfants que par ce qu’on veut leur inculquer. J’ai dû, je pense, leur dire malgré tout de faire les choses comme ils le sentaient et d’être aussi reconnaissants car c’est une chance de faire ce métier. Et d’être très curieux. Il faut lire, s’ouvrir, regarder…
Paul a reçu en septembre dernier le Prix Marcello Mastroiani du meilleur interprète à la Mostra de Venise pour Les Enfants après eux. J’imagine que le voir ainsi sacré a été une grande fierté pour vous…
C’est vrai… Il a beaucoup travaillé pour arriver à ça. C’est très émouvant de voir mes fils à l’écran avec tant de talent. Je les ai d’ailleurs félicités pour leur travail. Ils font les choses avec cœur.
Vous êtes annoncée dans la série Log-out de TF1 avec Sofia Essaïdi et Alexis Michalik (qui doit arriver en 2025). Pouvez-vous nous parler de ce projet ?
La série ne s’appellera peut-être pas Log-out car ils cherchent un nom français. C’est une coproduction TF1 International tournée en Suisse. Je joue une commissaire et j’avais envie, depuis longtemps, de tenir un tel rôle. Elle prend sa retraite avec confiance mais réalise finalement qu’elle n’est pas du tout prête et qu’elle va devoir continuer. Mais c’est humain. C’est un métier d’instinct et on ne peut pas lui dire, tout d’un coup, de le laisser de côté. On retrouve quelque part certains thèmes abordés à travers Isabelle de Septième Ciel. On aimerait être raisonnable et se dire que c’est le moment de passer à autre chose. Mais les pages ne se tournent pas seulement d’un mouvement de main.
La saison 2 de Septième Ciel démarre ce mardi soir, à 20h50 sur Ciné+ OCS
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