Families Like Ours (Canal+) : la série la plus terrifiante de 2025 !

Publié le 6 janvier 2025 à 15:33
© Zentropa Entertainments3 ApS / TV 2 Denmark / StudioCanal /
INTERVIEW. Imaginez qu’un pays entier, ici le Danemark, soit évacué à cause de la montée des eaux. Et que toute la population soit obligée de migrer dans le reste de l’Europe. C’est le postulat de départ de Family Like Ours, la première série du réalisateur Thomas Vinteberg (Festen, Drunk) diffusée dès ce soir sur Canal+.

Comment est né le scénario si réaliste de votre première création ?

Thomas Vinterberg : Cette idée est née il y a sept ans, à Paris. A cette époque, le monde était très différent. Il n’était pas question de guerre en Ukraine, de pandémie et d’inondations massives dans le monde. Et quand j’ai partagé mon idée de scénario avec des gens, mes amis – ce que je fais toujours – ça ne s’est pas très bien passé ! Tout le monde pensait que l’histoire était tirée par les cheveux. Sept ans plus tard, j’ai compris que c’était le bon moment.

Cette série trouve un écho particulier dans notre monde actuel où la migration fait partie du quotidien…

Oui. Mais l’expérience ici consiste à prendre des personnes privilégiées et à leur retirer leurs privilèges, voir comment ils se comportent ainsi démunies. C’était important pour moi que le postulat de départ concerne des gens de classe supérieure. Par ailleurs, il était essentiel que l’histoire se déroule dans un futur proche, pour qu’elle soit le plus crédible possible. Je me suis donc inspiré de gens que je connais pour imaginer les personnages, mes voisins (tous banquiers !), mes amis…

"J’aime déranger les gens"

Pourquoi le chaos vous fascine-t-il autant ?

Parce que j’aime bousculer l’ordre. J’aime parler de l’éléphant dans la pièce. J’aime déranger les gens. Et j’aime également célébrer la solidarité. Je suis obnubilé par la relation entre l’individu et le groupe. Et je trouve les histoires plus dramatiques et intéressantes quand le groupe réagit de manière chaotique à certaines situations. C’est un thème qui revient tout au long de ma filmographie. J’ai moi-même grandi dans une communauté de hippies qui m’ont appris la notion du vivre ensemble. Si vous regardez de près le Dogme95, que nous avons initié Lars Von Trier et moi en 95, poussés par le désir de revenir à un cinéma plus vrai – quelque chose de fou pour l’époque ! – nous formions une confrérie. Dans Families Like Ours, la solidarité est ici mise à l’épreuve. C’est une expérience visant à étudier les êtres humains, leurs comportements et leurs choix existentiels.

Comment avez-vous travaillé sur le réalisme du propos ?

Il y a sept ans, on m’a dit : « ce scénario de crise climatique est impossible ». J’imagine qu’aujourd’hui tout a changé… Nos recherches se sont également portées sur la question de l’État. Comment les pouvoirs publics réagiraient face aux réfugiés ? Comment serait-il possible de demander, par exemple, la nationalité française ? La citoyenneté en Roumanie ? Comment ces pays traiteraient les réfugiés ? Comment migrer d’un point de vue purement pratique ? Ce sont des recherches sans fin mais elles nous ont permis de faire certains choix comme celui de ne pas montrer une énorme vague atteignant les côtes de Copenhague.

"Je suis plutôt pessimiste quant à notre comportement"

Quel regard portez-vous sur la crise climatique ?

Je n’ai aucune raison scientifique d’espérer, mais j’ai confiance en la façon dont l’humanité peut se réinventer, s’adapter et faire face à ces évènements. Cependant, je suis effaré par certains chiffres : les moins de 25 ans veulent inverser la tendance mais ils ne le font pas. Ils achètent et consomment de plus en plus… Il est si difficile de changer… Nous sommes dans une sorte de spirale passive. Je me souviens de ces gens, qui, pendant la pandémie, disaient que le monde d’après serait différent, qu’ils seraient capables de vivre autrement. Dès que tout s’est terminé, ils se sont précipités dans les aéroports pour prendre l’avion. Je suis donc plutôt pessimiste quant à notre comportement, y compris le mien, et optimiste quant à notre capacité à faire face et à inventer lorsque nous en aurons besoin.

Families Like Ours, mercredi 15 janvier à 23h45, sur Canal+

Par
Amandine Scherer