Caroline Anglade se confie sur le Parfum du bonheur (France 2) : « C’était une grosse pression car… »

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:29
Baptiste LANGINIER - France Télévisions - Merlin Productions Ripley Films
Dans Le Parfum du bonheur, une adaptation d’un roman de Virginie Grimaldi présentée en avant-première au Festival de la Fiction de La Rochelle 2025 et diffusée ce soir sur France 2, Caroline Anglade incarne une mère qui tente de reconquérir l’homme de sa vie. Elle lui envoie ainsi des lettres retraçant leur amour, ce qui va faire remontrer de nombreux non-dits familiaux. Rencontre.

Ce livre, Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, a été vendu à plus de 620 000 exemplaires. Ce sont autant de personnes qui se sont créées une image de votre personnage…

Caroline Anglade : C’est une grosse pression déjà quand on accepte un rôle de cette densité-là. Mais effectivement, quand j’ai su qu’en plus c’était la première fois que Virginie allait adapter un de ses bouquins, c’était une pression supplémentaire parce qu’on veut être au plus juste de ce qu’elle retranscrit par écrit. Et là, après on a de la chance de tomber sur Baya Kasmi(la réalisatrice, ndlr) pour l’adaptation vu qu’elle était si délicate. Et l’alchimie avec Virginie s’est très bien passée. On a eu des conversations incroyables, donc elle nous a fait confiance très très vite, ce qui nous a permis de nous détendre et d’avancer ensemble sur le projet. Elle est venue nous voir plusieurs fois. Pour elle, c’est son bébé, donc il ne fallait pas se louper. Mais j’ai trouvé qu’elle avait été très intelligente et très douce, elle nous a vraiment mis en confiance.

Que vous a-t-elle dit avant de tourner certaines scènes très fortes inspirées de sa propre vie ?

Nous avons beaucoup échangé toutes les deux. Nous nous sommes un peu livrées l’une à l’autre et nous nous sommes raconté nos vécus. C’était très agréable d’avoir un tel échange intime avec elle car elle a ouvert son cœur. Je lu i ai posé pas mal de questions car j’avais besoin de savoir si ma manière d’aborder les émotions lui allait. Elle m’a conseillé de suivre mon ressenti. Le comédien apporte aussi sa plus-value et sa propre histoire et la réalisatrice sa vision. Plein d’intimités se rencontrent.

Comment s’est fait l’équilibre entre le drame et les moments davantage de comédie ? 

Il y a beaucoup de moments de respiration, de légèreté et de drôlerie dans la famille de Pauline. C’est un vrai mélange de sentiments : on voit les peines et les doutes d’une famille qui retire peu à peu les pansements de ses plaies, qui se retrouve. Le tournage a été très joyeux malgré l’histoire qu’on racontait. Même dans le drame absolu, il y a des moments de bonheur retrouvés et on peut rire, c’est ça la vie.

Caroline Anglade (Le Parfum du bonheur) se confie sur ses enfants

La pudeur est très présente dans la relation de Pauline avec son père (Michel Boujenah)…

Michel est comme Philippe dans la vie : il cuisine tout le temps et il adore recevoir ! Philippe est assez taiseux. L’amour, il le donne via ses petits plats. Faire manger les gens, c’est sa façon de les remplir d’amour. Ça lui évite peut-être de rentrer dans le cœur du sujet. Les pères sont souvent ainsi, c’est plus difficile pour eux qui ont davantage de pudeur. J’aime Michel car on peut tout lire dans son regard. Je trouve génial qu’on lui ait confié un rôle aussi beau !

Vous cuisinez aussi pour dire "Je t’aime" à vos deux enfants ? 

Moi je leur dis tout le temps que je les aime et je m’en fiche si c’est trop ou s’il y a trop de bisous ! J’en profite encore un peu. Je leur explique aussi qu’on peut tout se dire même s’ils ont leur jardin caché et qu’on essaiera toujours de les protéger et de les guider.

Vous ne ressemblez donc pas à votre mère de fiction, Isabelle (Michèle Bernier), qui est culpabilisante.

Il y a une explication à tout (elle sourit) ! Isabelle est pudique et un peu plus distante. Mais elle l’aime quand même. Les parents ont peur pour leurs enfants et parfois cette dernière crée des distances, des incompréhensions et des réactions étonnantes. 

Vous qui êtes maman, arrivez-vous à calmer cette peur ? 

J’essaie. Regarder des séries et lire des livres m’aide beaucoup. Mais j’ai peur tout le temps du monde, de les lâcher, qu’ils quittent le nid… Je n’ai pas envie de leur transmettre ça donc je leur montre une maman indépendante, qui adore son métier et qui aime bien aussi s’échapper du cocon familial. Je n’ai pas envie d’être un poids pour eux. Et je n’ai pas enbie de faire de sacrifices car ça peut engendrer de la colère. Il faut que chacun puisse se réaliser dans la famille. Être une maman épnouie va les libérer d’un poids énorme. Ils vont pouvoir quitter un jour la maison sans se dire que je vais être seule.

Votre personnage est le produit de secrets familiaux. Est-ce qu’avec ce rôle, vous vous êtes interrogées sur ce que vous transmettez, volontairement ou non, à vos deux enfants ?  

Oui, quand on est parent, on se pose beaucoup de questions. Mais on ne va pas pouvoir tout faire bien. Là, ce qui est intéressant dans cette série, ce sont les générations et les éducations différentes. ainsi que la manière dont nos parents ont vécu les choses. Tout se faisait dans la pudeur alors qu’aujourd’hui, on est dans une génération où on peut parler, exprimer, voir des gens, s’aider, comprendre un peu le passé, fouiller… Mais il faut que ce soit bien dosé parce que ce n’est pas non plus la peine de se faire exploser par un passé qui n’est pas le nôtre. L’enfance est déterminante pour la suite. Il y a des blessures qu’on ne va pas pouvoir guérir et il va falloir avancer malgré tout. Il faut donner de l’amour, écouter, respecter, regarder son voisin avec quand même un peu de tendresse et de bienveillance.

Est-ce compliqué de préserver son enfant de nos jours ?  

Très compliqué. Il ne faut pas nier les réseaux sociaux parce qu’il ne faut pas devenir des vieux cons en marge d’une société dans laquelle on est et dans laquelle on évolue. Moi, mes enfants grandissent avec ça même s’ils en sont interdits. Au lieu d’en avoir peur, il faut juste éduquer à ça. Se dire qu’il y a une vie en dehors de ça, faire des choses, faire de la musique, du sport, être dans la nature, se balader… 

Les jolis projets de Caroline Anglade après Le Parfum du bonheur

Vous avez récemment tourné une autre fiction émotionnellement intense : Oradour, ne m’oublie pas (TF1) évoquant le massacre perpétré par des SS le 10 juin 1944.

Matt Pokora est allé chercher ce projet. Il a rencontré un des derniers survivants d’Oradour-sur-Glane (Robert Hebras, ndlr) qui est d’ailleurs décédé peu après leur rencontre. Matt s’est dit que si lui connaissait peu cette histoire, ce devait être la même chose pour les jeunes générations. Le tournage a été très fort. Certaines scènes m’ont un peu coupé le souffle. On a toujours du mal à se dire que c’est vraiment arrivé et que ça arrive encore… Ce film, c’est une manière de dire aux générations qui arrivent : "Voilà l’horreur et la barbarie qui se sont produites un jour, gratuitement avec ces gens qui ont décimé un village entier à cause de l’égocentrisme absolu". Ça parait fou ! Franchement, ça m’a bouleversée. J’ai appelé mes enfants tous les soirs… C’est difficile d’en parler car on a joué l’inimaginable.

Plus jeune, vous avez refusé beaucoup de rôles pour ne pas finir dans la case de "la fille naïve et sexualisée". Aucun regret ? 

Il faut assumer, à un moment donné, de ressentir des choses. Faire un choix est difficile au départ car on a peur de ne pas travailler ou que les gens ne nous voient pas là où on est capable d’aller. Mais aujourd’hui, je crois que j’ai bien fait et suis très contente de ce qui est en train de se passer. J’ai aussi joué dans Deadline (OCS City) sur une nana addict aux drogues qui devient infirmière dans un service de soins palliatifs. Il va y avoir une sorte d’arrangement avec les patients : en échange de ne rien dire sur le fait qu’elle est là pour régler ses dettes et voler de la drogue, ils vont lui demander de réaliser leurs rêves de mourants. Je joue la directrice de l’hôpital et j’ai adoré ça ! Alors il y a moins de budget, mais il y a une liberté de ton. Et là, on rencontre des jeunes auteurs, des jeunes réalisateurs. C’est très intéressant !

Présentée en avant-première au Festival de La Fiction de La Rochelle, cette série Le Parfum du bonheur arrive ce mercredi 8 octobre à 21h10 sur France 2

Par
Pauline Hohoadji