Vous avez déclaré que le lieutenant de gendarmerie Richard Saugier est l’un des personnages les plus passionnants de votre carrière. Pourquoi ?
Bruno Solo : Parce qu’il est particulièrement tourmenté. Au fur et à mesure que la série avance, on comprend pourquoi. Au départ, il paraît très monolithique. Une sorte de flic bourru, un peu misanthrope, comme on en a souvent vu. Ce sont des personnages assez marrants à jouer. Mais souvent, on n’explique pas nécessairement par quoi ils sont passés pour en arriver là, car l’enquête prend le pas sur la psychologie des personnages. Mais le principe même de Tout cela je te le donnerai, c’est, justement, d’aller vers la vérité de ses protagonistes.
Vous êtes-vous directement projeté dans ce rôle ?
À la lecture du scénario, j’ai eu une vision globale du personnage, qui m’a permis, dès les premières scènes, de savoir vers quoi j’allais l’amener. Parce que ses blessures du passé nourrissent même son présent. Et ça, c’est toujours assez passionnant à jouer.
Richard est celui qui mène l’enquête. Pourtant, lui aussi cache un secret…
Au départ, on se dit que c’est surtout cette famille puissante, figée dans un monde qui est en train de bouger, qui a quelque chose à cacher. Mais, en réalité, Richard a un passif avec les Fabre de Castelmore et une revanche à prendre. Comme il ne peut pas officiellement enquêter sur ses membres, il se sert de Manuel Ortigosa (David Kammenos) comme cheval de Troie.
Ces deux hommes, que tout oppose au premier abord, vont-ils s’apprivoiser ?
Richard est très autoritaire avec lui, car Manuel ne l’intéresse pas. Ce dernier est un homme moderne, écrivain, intellectuel, homosexuel de surcroît. Tandis que Richard est un homophobe du quotidien. Vous savez, pas un idéologue, juste un paresseux. À son contact, il est obligé de forcer sa nature. Et en la forçant, il va faire éclater des digues, et d’un coup se révéler à lui-même. De cette manière, ce duo improbable va s’apprécier avec une pudeur que je trouve très belle et très bien développée. Ce ne sont pas non plus des gars qui vont se taper dans le dos. Ils ne vont pas faire semblant d’être autre chose que ce qu’ils sont fondamentalement. Mais ils vont finir par se comprendre, et apprendre à s’aimer. C’est aussi une série d’apprentissage.
Que retenez-vous de votre rencontre avec David Kammenos ?
C’est un très bon comédien et, surtout, impressionnant physiquement, avec ce regard… Je trouve qu’il a quelque chose de Gregory Peck. C’était intéressant, même visuellement, de nous trouver l’un à côté de l’autre : lui grand, moi plus trapu. Un peu comme des Don Quichotte et Sancho Panza modernes.
Aviez-vous lu le roman original, de Dolores Redondo ?
Non, je ne connaissais pas cette écrivaine, ni son oeuvre. Je ne savais pas si c’était un best-seller ou un roman de gare. Je l’ai découverte après le tournage. Il y a chez elle quelque chose que j’aime beaucoup dans la littérature : le faux-semblant. La littérature qui vous amène vers des personnages d’une complexité distillée, et qui finissent par se révéler à eux-mêmes.
Tout cela je te le donnerai, mercredi 21 février à 21h10 sur France 2