Vous êtes la troisième interprète de Sam, après Mathilde Seigner et Natacha Lindinger. Sans parler de Mille Dinesen, l’héroïne de la version danoise, Rita. Comment vous êtes-vous approprié ce rôle, tout en respectant son esprit, déjà bien ancré ?
Hélène de Fougerolles. Je ne l’ai pas du tout mentalisé de cette manière. C’est vrai qu’au départ, je me suis un peu battue contre ma personnalité, qui est plus dans la vulnérabilité et la douceur, pour être davantage rentre-dedans. Au bout d’une semaine et demie, j’ai commencé à avoir sa démarche. On me disait : "C’est dingue, tu t’assois et tu marches comme elle !" Je n’ai pas essayé de reproduire quelque chose que j’avais vu, mais plutôt de me fondre dans un personnage, avec des intonations et une façon d’être, tout en y apportant un peu de moi-même.
Avez-vous quand même observé le jeu des comédiennes qui vous ont précédée ?
J’avais vu un épisode de Rita, mais je n’ai pas aimé du tout. Et, bien sûr, j’ai regardé les deux dernières saisons avec Natacha Lindinger. Elle incarnait totalement Sam, c’est sûr. Je savais que je n’allais pas faire la même chose, tout simplement parce que je suis différente. Je pense que Sam, c’est un peu comme les James Bond, finalement : il y a un personnage, incarné par différents interprètes qui apportent chacun leur couleur.
Au premier abord, vous dégagez une sensibilité très éloignée de celle de Sam… Cet aspect de vous était-il tenté de reprendre le dessus, parfois ?
Oui ! C’est une catastrophe, car je ne le contrôle absolument pas. Quand on est quelqu’un de sensible ça déborde tellement qu’on n’a même pas besoin de le jouer pour que ça se ressente à l’écran. J’ai essayé de le gommer au maximum. On me répétait souvent : "Non, Sam ne dirait jamais ça de cette façon." Je demandais alors de faire une prise à ma manière, avant d’enchaîner avec la proposition de l’équipe. Ça a été libérateur pour tout le monde. J’étais beaucoup moins frustrée. Le metteur en scène me rassurait parfois, même souvent : "On a gardé ta prise." Ils ont donc fini par accepter ma façon à moi de voir Sam.
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Les producteurs ont-ils tout de suite pensé à vous pour reprendre le flambeau ?
Ils m’ont contactée il y a près de deux ans, quand ils ont su que Natacha allait arrêter. À ce moment-là, j’étais sur d’autres projets et pas spécialement intéressée. Lorsque le casting a été lancé, j’ai réfléchi. Je cherchais un rôle récurrent, qui ne se déroule pas à l’hôpital. Ce n’est pas possible pour moi, je déteste ça ! Je ne voulais pas non plus camper une avocate, avec des plaidoiries à apprendre pendant trois mois. J’ai alors réalisé qu’il y avait tellement de belles choses à jouer avec Sam ! Je ne regrette pas du tout. J’ai vraiment envie de faire du chemin avec elle.
Depuis la saison 6, la série a troqué les rues de Franconville pour un décor bucolique. Cela n’a pas dû vous dépayser…
Évidemment, tourner dans ces conditions était un énorme plus. Je ne sais pas si j’aurais eu la même envie dans le lycée bétonné des premières saisons. Je suis une vraie fille de la nature, avec les deux mains dans la terre. Je cultive mes tomates, je parle aux araignées… Contrairement à Sam, qui se fout de tout ça et, à mon avis, écrase les coccinelles !
Quel genre d’élève étiez-vous à l’école, vous qui avez arrêté à 16 ans ?
Ou c’est l’école qui m’a arrêtée, je ne sais pas. Ce n’était pas mon truc, j’étais perdue. J’ai quand même déménagé dix fois en quinze ans. Ce n’était pas uniquement à cause de ça, mais ça ne m’a pas aidée. Je ne rentrais pas dans les cases. J’aime l’image du singe qui demande à un poisson de grimper aux arbres. J’ai vraiment eu l’impression de ne pas faire partie de la même espèce, qu’on me demandait des choses qui n’étaient pas adaptées à moi. Mais j’ai appris plein de choses depuis, c’est ça qui est fou ! J’ai passé des diplômes, mais dans des domaines qui m’intéressaient. Là, par exemple, je suis en train de prendre des cours de russe. J’adore apprendre. C’est juste qu’il y avait, peut-être, une façon de faire qui ne me convenait pas.