“Est-ce que le cinéma vous a empêchée de vivre votre vie ?" À cette question, posée à Catherine, celle-ci répond : "Jamais". En s’appuyant sur de nombreuses interviews, des extraits de films, de tournages, et même des documents plus intimes, comme ces images à la plage avec sa soeur, la comédienne disparue Françoise Dorléac, ce documentaire donne à voir le parcours d’une artiste, mais d’abord celui d’une femme libre. Libre dans ses choix de films, comme dans ses choix de vie. Une anecdote en dit long… Alors qu’à 17 ans, même pas majeure, elle quitte du jour au lendemain le domicile familial pour aller vivre avec Roger Vadim, un homme de dix-neuf ans plus âgé qu’elle, Catherine Dorléac, devenue Deneuve (le nom de sa mère) pour le cinéma, décide de changer de couleur de cheveux. De brune, elle devient blonde. Une sorte de coup de génie, d’intuition, qui ne sera pas sans conséquence pour la suite. Aurait-elle eu la même carrière si elle avait été brune ? Mystère, mais un extrait d’archives fait sourire. Brigitte Bardot, ancienne compagne de Roger Vadim, qui avait créé pour elle Et Dieu…créa la femme, ne peut s’empêcher de "piapiater" sur cette nouvelle venue, la qualifiant de "petite nunuche". En réalité, BB est fort agacée de la concurrence de cette jeunette. Elle n’a évidemment aucune idée de ce que celle-ci deviendra et ce qu’elle représentera, quelques années plus tard, au niveau mondial.
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Mick Jagger présent à son mariage à Londres
À la fin des années 60, Newsweek offrira sa Une à Catherine Deneuve, tandis qu’un autre magazine américain, Look, la consacrera comme "la plus belle femme du monde". Le doc retrace ainsi l’étonnant destin de cette jeune femme timide, réservée, devenue comédienne presque malgré elle. Il s’intéresse aussi à sa vie sentimentale, aux hommes qu’elle a aimés, à ses enfants, Christian Vadim et Chiara Mastroianni. Tous les deux devenus comédiens. Parmi les séquences les plus étonnantes, il y a le rappel de son union, à Londres, en 1965, en pleine époque du Swinging London. Elle se marie avec le photographe de mode britannique David Bailey, confident des stars. Catherine porte alors une petite robe noire, refusant le blanc conventionnel. Mick Jagger, témoin de David, est présent. Il est encore question de cheveux lorsqu’Agnès Varda, femme du réalisateur Jacques Demy, raconte comment celui-ci a d’abord été très déçu par Catherine quand il l’a rencontrée pour Les Parapluies de Cherbourg. Le regard dissimulé derrière une frange épaisse, la jeune femme ne ressemble pas, ou plus, à celle qu’il imaginait dans son film. Il faudra toute l’intelligence d’Agnès pour convaincre Catherine de se laisser coiffer autrement pour que Jacques comprenne qu’il a trouvé "son" interprète. Pour ce film. Puis, plus tard, pour Les Demoiselles de Rochefort. "Si je n’avais pas rencontré Jacques Demy, confie Catherine, je n’aurais pas continué le cinéma." Pour rappel, Catherine a tourné plus de 130 films, dont, dernièrement, De son vivant, d’Emmanuelle Bercot, sorti en 2021. Une icône.
Deneuve, la reine Catherine : jeudi 14 avril à 21h10 sur France 3
Frédérick Rapilly