La famille, celle dans laquelle on nait et celle que l’on se choisit, est quasiment toujours la source d’inspiration de vos romans. Comment l’expliquez-vous ?
Virginie Grimaldi : C’est ce qui m’entoure. Tout ce petit monde qui grouille autour de moi m’inspire beaucoup. J’ai eu la chance de naître et de grandir dans une famille qui est un clan. On est très soudé, on vit tous dans le même périmètre. Je parle toujours d’un sujet qui me bouleverse et ce sujet-là, les liens familiaux, est inépuisable et bouleversant.
Vous explorez ici l’histoire de deux sœurs séparées par les drames et les différends. Qui sont Emma et Agathe ?
Emma est celle qui a dû, petite, s’occuper de sa sœur. Cela l’a rendu sérieuse, prévoyante, peut-être parfois psychorigide. Agathe est "la petite", c’est un électron libre, avec les émotions à fleur de peau.
Qu’elle est celle qui vous ressemble le plus ?
Je crois que je suis un mélange des deux. Comme Emma, j’ai endossé très tôt le rôle de protectrice vis-à-vis de ma petite sœur, car nous n’avons pas eu une enfance facile. Je peux avoir un côté psychorigide mais je suis aussi un électron libre comme Agathe.
Votre sœur a lu votre livre justement ?
Elle est en train… Elle ne lit pas beaucoup en général mais elle est très touchée que j’ai écrit cette histoire. C’est une fiction évidemment, mais j’y ai noyé des souvenirs qu’on partage, des traits de nos caractères… Son retour est celui que j’attends le plus.
Il y a quelque chose de plus profond que d’habitude dans ce nouveau roman. L’avez-vous ressenti aussi en l’écrivant ?
Non mais j’entends beaucoup cette phrase… Peut-être parce que je m’effeuille de livre en livre, que je vais puiser de plus en plus loin ? J’ai une carapace énorme. Pour moi l’écriture c’est quelque chose de très intime, je mets vraiment beaucoup de moi dans chacun de mes ouvrages. Et c’est difficile de livrer tout ça, c’est comme un accouchement : j’accouche d’émotion, de sensations, de souvenirs…
Dans votre livre, vous faites longuement référence aux années 90. À quoi ressemblait la Virginie Grimaldi de cette époque ?
Je portais des Doc Martens aux pieds ; j’en porte toujours d’ailleurs ! J’avais un anneau dans le nez, toute une oreille percée, des jeans déchirés. Je n’étais pas très bien dans mes pompes mais j’avais des supers copains avec qui je riais tout le temps. En privé, je vivais des événements familiaux qui m’ont rendue hypersensible. Je n’avais pas confiance en moi et j’avais très peur de devenir adulte. C’est ce que je retrouve en tout cas dans les poèmes écrits à cette époque.
La notion de sororité est très présente et importante dans votre vie. D’ailleurs, vous n’hésitez pas à publier régulièrement vos coups de cœur littéraires, piochés chez vos consœurs…
Je ne me sens pas en concurrence avec les autres autrices. Au contraire, je pense qu’il y a suffisamment de lecteurs et de lectrices pour s’entraider.
Malgré les chiffres de vente de vos livres, vous semblez toujours souffrir du syndrome de l’imposteur. Vous dites même que vous doutez parfois de l’intérêt de vos histoires !
Oui mais ce qui me rassure, c’est que les personnes qui viennent me rencontrer me disent souvent: "C’est incroyable, vous parlez de ma vie !". Il y a quelque chose d’universel dans mes histoires personnelles.
Votre roman "Il est grand temps de rallumer les étoiles" , a été élu livre favori des Français en décembre dernier. Comment avez-vous vécu cette récompense ?
Ce qui m’a touchée, c’est qu’autant de personnes choisissent mon livre. Je ne pensais pas avoir la moindre chance, et j’ai beaucoup de mal avec les classements en général. Je l’ai donc pris avec beaucoup de distance, mais il a fait très plaisir à ma mère et ma grand-mère ! Et puis, il n’y avait pas Romain Gary dans la liste alors ça ne compte pas ! (Rires).
Vous avez participé dernièrement à l’ouvrage 125 et des milliers (Harpercollins) au nom de Salomé. Qui est-elle ?
C’est une jeune femme de 21 ans de Cagnes-sur-Mer qui était féministe, danseuse, et qui aimait la vie. Puis, elle est tombée amoureuse d’un garçon qui lui a fait arrêter ses études, son job, et qui a fini par l’assassiner à coups de pied et de poing. Il vient d’être condamné à perpétuité le mois dernier et ne remet absolument pas en question. J’ai découvert l’histoire de Salomé à travers les mots de sa mère, que Sarah Barukh, qui a dirigé l’ouvrage, a recueillis. C’était très étrange de faire sa connaissance alors qu’elle n’était plus là. Depuis, elle me hante, elle est avec moi tout le temps. Elle a renforcé mon engagement féministe. Il y a encore beaucoup de Salomé. Le combat avance trop lentement. Je ne sais pas ce qu’il faut faire, je me pose cette question: si la justice était plus dure, est-ce que cela empêcherait quand même les hommes de passer à l’acte ? Je n’en sais rien…Je pense qu’il faut changer cette société patriarcale, il faut que les femmes aient l’égalité salariale. Tant que les hommes auront l’impression que la femme leur appartient, rien ne bougera. Moi, j’essaye d’éduquer mes deux garçons en leur apprenant que la femme est leur égale, qu’il faut la respecter. Je me dis qu’on a tous un rôle à jouer dans ce combat.
Interview Amandine Scherer
* Une belle vie (Flammarion). Disponible le 3 mai.