“Tu n’es pas un  vrai mâle si…” : Laure Adler se rappelle des moqueries envers son père fier d’avoir eu trois filles

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 17:32
Berzane Nasser/ABACA
A l'occasion de la sortie de son essai intitulé "La voix des femmes", Laure Adler est revenue sur son engagement féministe, et s'est interrogée sur l’évolution de ce combat pour l’égalité, et le respect en confiant une drôle d'anecdote concernant son père. 

A l’occasion de la sortie de son livre "La voix des femmes", un essai dans lequel elle revient sur son engagement féministe, Laure Adler a accordé une interview à nos consoeurs de Madame Figaro dans laquelle elle s’est confiée sur l’avancée du combat pour l’égalité, et le respect mais pas que. La journaliste s’est aussi livrée sur le rapport à ses parents et sur la façon dont elle a été élevée. Pourquoi avoir écrit ce livre ? Elle a expliqué : "Parce que j’ai l’impression qu’on vit une nouvelle époque de définition du féminisme. Qu’autour de moi, dans plusieurs générations de filles et de femmes, il y a une sorte de confusion des sentiments, de difficulté à essayer de savoir ce qu’est vraiment le féminisme. Je me suis dit que j’allais faire le point sur ses différentes métamorphoses depuis le temps où je l’ai connu. J’ai voulu tenter d’enquêter, d’introduire de la nuance dans un sujet clivant"

Laure Adler revient sur les critiques à l’encontre de son père "féministe"

De fil en aiguille, elle est alors revenue sur son parcours, sur le militantisme mais aussi sur l’éducation qu’elle a reçue de ses parents et les clichés auxquels son père "féministe" a, notamment, dû faire face. "Autour de lui, ses amis et son entourage trouvaient étrange, et rigolaient un peu grassement quand il disait qu’il était fier d’avoir 3 filles. Ses copains lui demandaient s’il ne voulait pas d’un autre enfant, afin d’avoir un garçon – avec pour sous-entendu ‘tu n’es pas un vrai mâle si tu n’as que des filles’", a-t-elle d’abord raconté. Puis de se souvenir : "C’est quand il répliquait que nous lui suffisions amplement que je me rendais compte qu’il n’était pas comme les autres. Cela tient aussi à une histoire familiale. Comme j’habitais en Afrique (en Guinée puis en Côte d’Ivoire, NDLR), mes parents m’envoyaient tous les étés chez mes grands-parents paternels, dans un petit village d’Auvergne. Ma grand-mère était institutrice et mon grand-père, paysan".

"C’est elle qui avait le savoir, il l’admirait à un point extraordinaire. Il s’agissait d’un milieu qui par l’école, s’est émancipé. Un milieu laïc, où le savoir était clé d’une ascension sociale, offrait des possibilités de faire ce dont on avait envie. Mon père nous a donc toujours encouragées à faire des études. Il nous disait : ‘Surtout, gagnez votre vie même si un jour vous vous mariez. Ne dépendez pas d’un mari, d’un compagnon ni de personne. Soyez autonomes’", a conclu l’ex-journaliste de France Inter sur ce point. Avec sa mère, les choses étaient différentes comme elle l’a expliqué puisque cette dernière "venait d’un milieu plus traditionnel, plus catholique aussi".

"Elle était indifférente au mouvement féministe et n’aimait pas tout ce qui était militantisme. J’en parlais très peu à la maison parce que je savais qu’elle réprouvait tout cela. Quand la discussion venait sur le tapis, elle fronçait les sourcils et elle me demandait ce que je fichais", s’est rappelée Laure Adler. Puis de terminer : "Mais tout a changé quand, à l’âge de 68 ou 69 ans, elle a été élue municipale. Elle a commencé à travailler et m’a dit ‘Je crois que tu avais peut-être raison parce que le travail donne une autonomie. Ça me procure beaucoup de joie. J’ai jamais été aussi heureuse. Je regrette énormément d’avoir cessé de travailler, d’avoir été une femme au foyer’".

Par
Kahina Boudjidj