Sheryl Crow : « Le cancer a été pour moi l’occasion de redéfinir ma vie »

Publié le 9 avril 2024 à 14:49
AdMedia/Starface
Révélée dans les années 90, Sheryl Crow, qui a sorti un nouvel album "Evolution", revient sur les décennies qu’elle a traversées avec combativité et rock’n’roll attitude.

Ce nouvel disque est presque un hasard…Un heureux hasard !

C’est vrai. Quand j’ai sorti mon dernier album, j’étais encore attachée à la fabrication à l’ancienne, créer un ouvrage avec un début, un milieu, et une fin. C’est une véritable déclaration artistique. Aujourd’hui, avec le streaming, je me demande qui écoute vraiment un album en entier…Je suis déjà heureuse si les gens écoutent une chanson entière ! Mais avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle dans nos vies quotidiennes, je me suis sentie obligée d’écrire. J’ai commencé à travailler le matin, une fois mes enfants partis à l’école. J’écrivais simplement des chansons sur ce que je ressentais, ce que je voyais et les questions que je me posais en tant que maman. Avant même de m’en rendre compte, j’avais assez de titres pour faire un disque.

Quel en est le fil conducteur ?

Je parle en tant que mère, mais aussi en tant que personne qui a assisté à l’avènement de la communication via la technologie, des réseaux sociaux et en tant qu’Américaine qui observe comment la vérité est sans cesse manipulée. Aux États-Unis, nos politiciens travaillent très dur pour nous diviser, selon nos convictions. Mais j’ai bon espoir car quand je regarde mes garçons adolescents, je vois que cette génération n’est pas satisfaite de tout cela. Je pense qu’ils seront des acteurs du changement. Ils auront vécu ce moment et voudront mieux pour leurs propres enfants.

"C’est très libérateur de vieillir"

Qu’est-ce que ça veut dire être rock’n’roll pour vous aujourd’hui ?

Je suppose que j’assimile le rock’n’roll à la contestation du système. C’est très libérateur de vieillir parce que je peux dire tout ce que je veux, écrire des chansons qui donnent envie de bouger et de lever le poing en l’air.

Vous êtes libérée des chiffres de vente également ?

A ce stade, je ne saurais même pas où regarder pour savoir si quelqu’un écoute ma musique ! (Rires). Mes enfants aiment me rappeler que je suis née au siècle dernier. Je suis un dinosaure pour eux.

Evolution est une chanson qui parle de l’intelligence artificielle. Est-ce quelque chose qui vous effraie ?

Ça me terrifie même. Il y a 20 ans, je me souviens avoir croisé le physicien Stephen Hawking qui m’avait dit que ce ne serait pas le climat qui causerait la perte de notre civilisation mais l’intelligence artificielle. Et je me souviens avoir pensé : mais de quoi parle-t-il ? Aujourd’hui, je me dis que non seulement, il est difficile de discerner la vérité, et que la plupart des gens ne veulent pas connaître la vérité si elle est en opposition avec la leur, mais en plus l’intelligence artificielle peut manipuler la réalité. Tout ce qu’il nous reste, c’est notre esprit, notre âme, notre capacité de ressentir de l’empathie et le désir d’aider les autres.

"Mes combats sont l’illustration parfaite de ce qu’est la vie"

Quel souvenir gardez-vous de l’époque de All Y Wanna Do, le titre qui vous a révélée ?  

Il faut que je vous raconte une histoire. Quand je suis rentrée à l’université, ma mère m’a fait asseoir et m’a dit qu’elle avait l’impression que j’étais un peu trop autoritaire et arrogante. Que pour une jeune femme, ce n’était pas très attirant. Mais c’est précisément ce qui, je pense, a propulsé ma carrière, ce sentiment que je pouvais faire tout ce que n’importe quel homme pouvait faire en musique. Aujourd’hui, c’est formidable de voir que les artistes qui dominent les classements sont des femmes.

Vous avez vaincu un cancer du sein, adopté deux enfants et été une maman solo. Vous considérez-vous comme une battante et une survivante ?

Oui, je suppose. Mes combats sont l’illustration parfaite de ce qu’est la vie. Personne n’en sort indemne, mais plus fort. Le cancer a été pour moi l’occasion de redéfinir ma vie en tant que personne et non, en tant qu’artiste. De là est née cette formidable aventure avec mes enfants.

Et c’est comment d’élever deux adolescents ?

Oh mon Dieu ! (Rire). C’est amusant. Je suis heureuse d’avoir deux garçons merveilleux. Ils me font beaucoup rire, ils sont très proches. Et j’ai de la chance d’avoir adopté mon premier enfant à 45 ans, je n’ai pas l’impression d’être passée à côté de ma jeunesse. Il n’y a aucun tapis rouge sur lequel j’aurais aimé être, ni aucune fête à laquelle j’aurais aimé être invitée plutôt que d’être avec eux. La plupart du temps, j’essaie juste de ne pas les embarrasser ! (Rire).

Par
Amandine Scherer