Vous vous êtes récemment mariée. Félicitations ! Comment vous êtes-vous organisée entre les préparatifs et le fait de monter sur les planches ?
Rachel Legrain-Trapani : Pour tout vous expliquer, le mariage, ça s’est fait en très, très peu de temps. Et heureusement que les wedding planners existent (rires). Sinon, jamais je n’aurais pu organiser quoi que ce soit avec la vie qu’on a chacun, les enfants, etc. C’est pour ça d’ailleurs qu’on voulait quelque chose de simple, sans chichi, et c’était très bien comme ça.
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Comme gérez-vous ce début de carrière en parallèle de votre vie de famille, votre vie de maman, puis votre vie de femme tout court ?
Franchement ? Je ne sais pas. Je prends beaucoup de vitamines (rires), mais c’est sûr qu’il faut beaucoup d’organisation. Et j’ai beaucoup de chance, car j’ai mes parents qui m’aident beaucoup pour les enfants donc ça, ça me sauve la vie. En une journée, je n’ai pas le temps de faire tout ce que j’ai à faire mais après, c’est super plaisant, je ne m’ennuie absolument pas dans ma vie.
Comment vous êtes-vous convaincue de vous lancer dans cette carrière ?
La comédie, je rêve d’en faire depuis que je suis toute gamine et je n’ai jamais eu l’occasion d’aller au bout. À chaque fois, il se passait un truc et ça échouait… Là, je me suis dit : "Tu avoir 36 ans, si tu ne tentes pas ta chance maintenant, si tu ne vas pas au bout de ce que tu as envie de faire maintenant, tu ne le feras jamais". C’est pour ça que je me suis donné les moyens et aujourd’hui, je vais tout faire pour rassurer. Pour moi, vraiment, c’est une passion, j’ai fait du théâtre plus jeune, j’en ai fait au lycée. J’ai fait le Studio Pygmalion, donc je me suis beaucoup formée, j’ai fait beaucoup d’acting, etc., mais je n’avais jamais franchi le pas de passer un casting. J’avais cette peur d’échouer, de ne pas voir les épaules pour ça… Et puis, il y avait aussi ce côté étiquette Miss France.
Miss France a quand même été un tremplin pour vous, une sorte de marchepied, non ?
Bien sûr ! À la base, j’ai participé à Miss France parce que mes parents ne m’auraient jamais laissé partir à Paris (rires). Et je m’étais dit que si je faisais Miss France, j’allais peut-être avoir l’opportunité de partir à Paris, de faire autre chose. C’est vraiment comme ça que j’ai participé à Miss France et ce n’était pas du tout dans le but de devenir Miss. A l’époque, je savais que je partais pour de longues études donc je me suis dit que si je ne m’amusais pas maintenant, je ne le ferai jamais. J’étais en Hypokhâgne, je partais pour faire après Sciences-Po, et je me suis dit que si je me lançais dans ça, c’était mort, et c’est comme ça que j’ai tenté Miss France en me disant "on ne sait jamais".
"Je suis profondément féministe"
Vous vous êtes formée mais avez-vous songé à vous lancer directement dans la comédie ?
Non car je voulais avoir une certaine légitimité et ça se travaille. Tu peux être passionné, mais ça reste un travail et il faut la technique. Encore aujourd’hui, j’apprends énormément et je trouve qu’il faut toujours se perfectionner dans tout ce qu’on fait. Pour moi, c’était l’occasion de découvrir le métier et aussi de dire : "Oui, j’ai été Miss France, mais je n’ai pas envie d’être dans ce rôle toute ma vie".
Vous avez pris des cours avec Oscar Sisto, l’ancien professeur de théâtre de la Star Academy, ça vous a permis de prendre confiance en vous ?
C’est un très bon professionnel et il m’a permis de me confirmer que j’étais à ma place. J’étais heureuse de faire ça. Je me suis dit : "Mais en fait, je suis vraiment faite pour ça. Je sais que j’ai besoin de ça".
Comment décririez-vous la pièce "Les féministes sont des chieuses, les machos des connards ?" ?
En gros, c’est l’histoire de Simone, qui est en couple avec Silvio. Simone vient d’une famille progressiste qui est vraiment féministe. Et Silvio, lui, est d’origine italienne et issu d’une famille très conservatrice. Jusque-là, ils sont en couple, sauf qu’ils viennent d’avoir un enfant et leur différence d’éducation va créer des gros clashs. En fait, pendant une heure, ça va être des disputes plus ou moins constructives, on va dire (rires).
Vous considérez-vous comme féministe ?
Il y a féministe et féministe. Je trouve qu’il est nécessaire de se battre encore en tant que femme, parce qu’aujourd’hui, il y a encore du progrès faire, on est très loin du compte. D’autre part, je n’aime pas qu’on fasse la guerre aux hommes et qu’on les castre. Ça, ce n’est vraiment pas ma façon de penser. Mais par contre, oui, je suis profondément féministe dans le sens où j’ai envie qu’on ait cette égalité et qu’on arrête de nous juger. Une femme, on va la juger sur comment elle s’habille, on va la juger, sur tout et en permanence alors qu’un homme pas forcément. Dernièrement, j’ai fait un post sur Instagram pour promouvoir une marque de lingerie. En commentaires, on m’a dit : "C’est une honte de se mettre en lingerie. T’as des enfants". C’est fou ces messages même en 2024… Et je me dis que si c’était mon mec en caleçon, on ne lui aurait pas dit que c’est un honte par rapport à son enfant. Pourquoi est-ce qu’on ne nous laisse pas tranquilles ? Les femmes sont constamment sexualisées et c’est à nous d’éduquer nos enfants, de telle sorte à ce que ça ne soit plus comme ça dans le futur. J’essaie d’ailleurs d’éduquer mes garçons dans ce sens, et j’espère vraiment que ça va évoluer.
Le titre de la pièce pose la question avec humour. Que pensez-vous du message à faire passer ?
Entre hommes et femmes, on a parfois du mal à se comprendre et c’est ça qui crée les conflits et les tensions, c’est parce qu’on est tellement différents. C’est les extrêmes qui me gênent. Par exemple, Miss France a été décrié par les féministes, ce que je trouve dommage. Être féministe, c’est quoi ? Pour moi, être féministe, c’est peut-être laisser les femmes faire ce qu’elles ont envie de faire, non ? Si des femmes ont envie de faire un défilé en maillot de bain, qu’elles le fassent. De quel droit on peut dire à une femme : "Non, tu défileras pas en maillot de bain". Je trouve qu’il y a certains combats, des fois, qui sont peut-être inutiles… Ça me gêne aussi de mettre tous les hommes dans le même panier. Il y a quand même des hommes très bons ! On a chacun besoin d’avoir sa place et de fonctionner ensemble et de ne pas se diviser.
"Les féministes sont des chieuses, les machos des connards ?", de l’humoriste Kaci, sera jouée tous les soirs lors du Festival d’Avignon du 2 au 21 juillet prochains au Paradise République, un café-théâtre de la ville.
