Marie-Claude Pietragalla victime de violences psychologiques dans le milieu de la danse ? Elle se livre

Publié le 5 janvier 2026 à 13:38
Vim/ABACA
Longtemps passées sous silence, les violences psychologiques font partie intégrante du parcours des danseurs classiques. Dans une interview accordée à La Tribune dimanche, Marie-Claude Pietragalla évoque sans détour cette pression invisible, entre mise à l’écart, sentiment d’invisibilité et combat intérieur permanent, qu’elle a appris à affronter dès l’enfance.

Avant même d’entrer dans le monde exigeant de la danse classique, Marie-Claude Pietragalla avait déjà appris la rigueur, le silence et l’effort. Dans une interview accordée à  La Tribune dimanche, le 4 janvier 2026, l’ancienne étoile de l’Opéra de Paris est revenue sur une enfance façonnée par la discipline, bien avant son arrivée, à seulement 10 ans, dans l’institution mythique. L’Opéra n’a pas été, selon elle, plus rude que son école primaire "chez les sœurs à Saint-Joseph, une école privée très stricte au Pré-Saint-Gervais""J’y ai connu une discipline sévère, presque militaire. Tout se faisait au coup de sifflet", s’est-elle souvenue. 

Marie-Claude Pietragalla et la rigueur dès le plus jeune âge

Lorsqu’elle intègre l’Opéra en classe de sixième, la réputation de dureté ne l’étonne donc pas. Cette période l’a profondément marquée et elle en a décrit l’atmosphère avec précision. "La discipline, le silence imposé, les sœurs encore en habit… c’était une autre époque", a-t-elle expliqué au sujet de ce cadre rigide, presque austère, partagé avec une école de garçons située juste en face, dirigée par des frères. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette éducation stricte n’était pas le fruit d’une stratégie parentale mûrement réfléchie. "En réalité, j’ai atterri dans cette école par hasard", a-t-elle expliqué. Privée de maternelle, initiée très tôt à la lecture et à l’écriture par sa mère, elle se heurte au refus des écoles publiques qui "ne voulaient pas me prendre car j’avais un an d’avance"

Si le choix de l’établissement n’était pas prémédité, l’exigence, elle, faisait partie intégrante du cadre familial. Son père, d’origine corse, portait une vision très stricte de l’éducation. "Il me répétait toujours que l’on doit prouver par le travail", a-t-elle raconté avant de préciser que cette philosophie, il l’incarnait jusque dans les détails, en déposant sur sa table de chevet une citation de Napoléon : "Quand on veut fortement, constamment, on réussit toujours". "C’était peut-être un peu excessif, mais aujourd’hui je lui dis merci. Cette discipline m’a façonnée et m’a donné la rigueur nécessaire pour mon métier", a-t-elle reconnu. 

La violence invisible du monde de la danse

Interrogée sur les violences psychologiques au sein de l’Opéra ou du milieu de la danse en général, l’ancienne étoile ne cherche ni à minimiser ni à nier. "Oui, bien sûr. Dire le contraire serait nier la réalité", a-t-elle commencé par reconnaître. Mais de nuancer la manière dont elle les a traversées : "Je les ai toujours vécues comme un combat intérieur, entre moi et moi". Elle a notamment évoqué la douleur de ne pas être choisie, de rester dans l’ombre.

"Ne pas être distribuée, par exemple, c’est très dur. On se sent invisible, on ne comprend pas toujours pourquoi mais ça fait partie du parcours d’un danseur", a confié Marie-Claude Pietragalla. Une réalité souvent mal comprise de l’extérieur… Face aux remarques sur la difficulté physique de la danse, elle a opposé une comparaison sans détour : "Quand on me dit : ‘Physiquement, ça devait être difficile’, je réponds : ‘Est-ce qu’on demande à un boxeur si c’est dur de prendre des coups dans le visage ?’".  

Par
Kahina Boudjidj