À 27 ans, Panayotis Pascot poursuit sa tournée avec son spectacle Entre les deux, qu’il jouera prochainement à Bobino puis au Théâtre de l’Odéon à Paris. Un seul-en-scène intime, où l’humoriste raconte avec humour et gravité le passage de l’enfance à l’âge adulte. "Je n’ai pas eu de bascule brutale vers l’âge adulte. Ça a infusé en moi comme un vieux sachet de thé. Un matin, je me suis levé à 8 heures et je n’étais pas fatigué. Hier soir, j’étais à une fête de fin de tournage, je n’ai pas bu d’alcool, la musique était trop forte, je suis rentré à minuit et demi. Ça, on ne le voit pas venir", explique-t-il à nos confrères de Télérama.
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De l’enfance singulière aux madeleines de Proust
Ce décalage entre les rêves d’enfant et la réalité nourrit son regard désabusé, mais tendre, sur le monde. "Enfant je me disais que j’allais forcément mourir l’année de mes 27 ans, puisque j’allais devenir un rocker. Or, non ! Aujourd’hui, j’ai 27 ans, et je pense plutôt m’offrir un petit tapis de yoga pour faire mes étirements, parce que j’ai mal au dos. La vie n’est pas ce qu’on avait prévu. C’est une réalisation à la fois difficile et belle. Pour l’instant, le poids sur mes épaules est plus lourd que la beauté que je peux trouver dans ce monde", a-t-il avoué.
Interrogé sur son enfance, l’humoriste confie ne pas savoir s’il était vraiment heureux… "Je ne sais pas si j’étais un enfant heureux. Solitaire et un peu particulier, oui. J’avais un classeur où je rangeais les hommes et les femmes politiques en fonction du clivage gauche-droite, juste pour pouvoir suivre les conversations des adultes !", a-t-il raconté à Télérama. Mais certains souvenirs lui procurent encore aujourd’hui une émotion inattendue.
"Étrangement, ce qui me rend le plus heureux aujourd’hui, ma petite madeleine de Proust, c’est le générique de Faites entrer l’accusé. Petit, j’entendais mon père regarder ça le soir, j’avais un sentiment de sécurité. Ce qui, avec du recul, peut faire flipper — il réfléchissait sans doute à comment enterrer toute sa famille. Ce générique me provoque des endorphines et un sentiment de bonheur assez fou", s’est-il souvenu avec humour.
Rire de ce qui fait mal
Dans Entre les deux, Panayotis aborde aussi des thèmes plus sombres, dont le suicide… Un choix qui n’a pas toujours été bien reçu par le public. "Ça a été le sujet le plus compliqué à traiter. Au début, quand j’ai commencé à le travailler dans les comedy clubs, je perdais 100 % du public. Les gens étaient outrés, choqués, ou attristés. Dès que je prononçais le mot suicide, ça tuait l’ambiance, elle se jetait par la fenêtre ! Il y avait quelque chose de l’ordre de la trahison, comme si c’était trop sérieux pour qu’on en rigole", a expliqué Panayotis Pascot qui n’a pas pour autant décidé de baisser les bras.
Et de détailler : "À force de reconstruire ce passage, le rire est devenu libérateur pour le public ; ça m’a vraiment reconnecté avec l’amour du stand-up. On peut ne pas être d’accord sur plein de choses, mais ensemble, pendant une heure, on va aligner nos cerveaux pour trouver les endroits du rire dans des sujets qui sont plutôt durs. Ça a été assez cathartique pour moi".
Puis de conclure avec sarcasme : "Dans ma famille, les hommes ont souvent le choix entre le suicide ou la tristesse chauve. Alors, Dieu merci, j’ai désormais assez de sous pour faire des implants en Turquie, donc j’ai réussi à éloigner cette frayeur de la calvitie. En revanche, tu ne peux pas y aller pour revenir à la vie. Ce serait pourtant génial pour tous les suicidaires".