« Je ne me suis jamais appesantie sur mes peines » : Laurence Boccolini se livre à coeur ouvert (EXCLU)

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 14:32
Vim/ABACA
Malgré les maux physiques et les crises d’angoisse qui l’accompagnent depuis l’adolescence, Laurence Boccolini est une battante qui, à 61 ans, a décidé de se livrer comme jamais elle n’avait osé le faire jusque-là. Confidences.

Votre vie professionnelle et personnelle n’a pas été un long fleuve tranquille et vous avez toujours traversé les épreuves sans broncher ni jamais vous rebeller. Pourquoi vous livrer maintenant ?

Laurence Boccolini : Je me suis rarement fait de cadeau et ne me suis jamais appesantie sur mes peines. Mais là, j’arrive à un âge où la crainte de perdre son travail s’amenuise et je ne veux pas partir avec ce bagage. Attention, je ne me mets en aucun cas dans une position de victime ni ne cherche à ce qu’on me plaigne, mais c’est un cadeau que j’ai décidé de me faire ; de raconter comment ça a été vraiment. Rien de plus. Certains diront peut-être que je crache dans la soupe mais c’est la mienne donc j’en ai le droit.

Cet exercice a-t-il été facile ?

Non parce qu’un souvenir en appelle un autre ; ça ouvre les vannes. Je n’ai pas tout dit, loin de là…il manque encore quelques pièces du puzzle. J’ai parfois dû faire des pauses dans l’écriture car des moments douloureux en ont appelé d’autres. Mais fort heureusement, ce livre m’en a aussi rappelé de très bons que j’avais parfois oublié ou mis de côté. En cela, ce livre m’a fait du bien car, il ne s’agit pas d’un bilan, mais d’un déroulé de ma vie.

Le prologue du livre est adressé à Willow, votre fille de 11 ans. Vous lui donnez toute une liste de conseils pour que sa vie soit facilitée. Sont-ce des avertissements que vous auriez aimé recevoir vous-même ?

Tout à fait. Je suis devenue la personne que j’aurais aimé rencontrer plus jeune. J’ai un jour lu une phrase qui disait, en substance "écrivez vos douleurs car, un jour, elles seront le guide de survie de quelqu’un".

Vous évoquez ce mal invasif qui s’est logé dans votre oreille, vous créant maux de têtes terribles et autres acouphènes assourdissants, et que vous surnommez Bobby. Est-ce une tumeur cancéreuse ?

Non, c’est un paragangliome intra tympanique extrêmement rare qui s’est installé dans une zone qu’on ne peut attendre sous peine de toucher la déglutition, la voix ou de paralyser les muscles de mon visage ou de l’épaule. On ne peut rien faire si ce n’est l’empêcher de grossir via la radiothérapie. Moi qui aime tant la radio, c’est un comble quand même ! (rires)

"On m’a surtout appris à ne jamais me rebeller"

Vous évoquez de terribles moments comme, entre autres, ce jour où, en plein succès du Maillon Faible, on vous a servi dans un restaurant un café "empoisonné" qui vous a brûlé l’œsophage ou cette autre fois où une productrice vous a dit, sans détours, qu’elle prévoyait de mettre une animatrice "plus belle" à vos côtés dans un projet d’émission…Pourquoi ne vous êtes-vous jamais rebellée contre ces attaques blessantes ?

Je viens d’un monde où on m’a appris que le patron avait toujours raison et qu’il ne fallait surtout pas faire de vagues ni d’histoires. Être presque invisible, ne jamais la ramener et surtout, de garder son travail ! La peur de perdre son emploi fait parfois accepter l’inacceptable. On m’a surtout appris à ne jamais me rebeller.

D’ailleurs c’est la première fois que vous couchez sur le papier votre ressenti lors de votre passage dans On n’est pas couché en 2008 face à Zemmour et Naulleau, très virulents contre vous et votre livre Puisque les cigognes ont perdu mon adresse sur votre parcours de PMA…

J’y allais confiante et j’avais accepté l’invitation car j’adorais Laurent Ruquier avec qui j’avais collaboré dans Rien à cirer sur France Inter. Si c’était à refaire, je retirerais mon micro, me lèverais et leur dirais que je ne suis pas là pour me faire insulter. Je passerais à côté d’eux et leur mettrais un coup de boule. Et même si on parlerait de l’évènement le lendemain dans la presse, ça serait fait et basta. Mais ce jour-là, je n’ai pas été là pour moi. Pour eux, c’est sans doute oublié, ça n’a eu aucune importance ; ils devaient être ravis d’avoir fait de la bonne télé.

Vous écrivez aussi avoir compris trop tard que, dans ce métier, il fallait choisir son camp : être maltraité ou maltraitant…

Et c’est malheureusement valable dans tous les corps de métiers. Mais on ne se réveille pas un matin en se disant qu’on va être odieux et tyranniser tout le monde. C’est inné et ça a catapulté des gens dans ce métier qui y ont trouvé un nid douillet parce qu’on les a laissé faire. Et puis dans ce métier, on confond souvent la tyrannie avec le talent. Il y a un niveau de respect de soi-même à s’imposer et un niveau de douleur qu’on n’est pas obligé de s’infliger Il y a peu, j’ai découvert ce que signifiait avoir le syndrome de l’impuissance acquise.

Ça signifie qu’on vous a tellement lavé le cerveau par des années de menaces insinuées que, techniquement, vous ne vous rebiffez pas. 

Par exemple, un chien à qui vous retirez ses chaînes, après des années passées à être attaché au même endroit, ne s’en ira pas. Ça m’a ébloui quand j’ai découvert ça.

Vous avez parfois assuré la présentation d’émissions aux lendemains d’interventions chirurgicales douloureuses ou du décès de votre maman. Regrettez- vous d’avoir donné à votre travail une telle place ?

Non, j’ai adoré ce métier, aussi bien à la radio qu’en télé, et ne pense pas que j’aurais pu en exercer un autre. J’ai autant eu envie que tout s’arrête que peur de tout perdre. Ce paradoxe m’a beaucoup épuisée (rires). J’aurais pu et dû penser plus à moi et regrette juste de ne pas avoir plus défendu mon corps et mes intérêts en osant dire "non".

Pourtant, on apprend que vous avez osé dire "non" face à un compagnon violent avec vous…

C’était il y a très longtemps, j’avais 30 ans et me suis retrouvée dans la même position que dans mon travail c’est-à-dire que je n’ai pas été là pour moi. Je n’ai pas vu ce qu’il se passait et n’ai pas mis les limites au bon moment… Je n’ai, fort heureusement, pas été martyrisée comme d’autres femmes peuvent l’être néanmoins, j’ai trouvé le courage de le mettre à la porte.

Laurence Boccolini revient sur sa plus belle rencontre

Vous dites avoir pleuré quand on vous a annoncé que vous attendiez une petite fille. Avez-vous peur pour elle ?

Tout le temps. C’est cliché, mais je n’ai pas trouvé facile d’être une femme. Alors quand j’ai su que j’attendais une fille je me suis dit qu’elle allait vivre les mêmes choses que moi et ça m’a effrayée. Je me suis consolée en me disant qu’elle n’était pas moi et qu’elle saurait aborder les choses différemment et je l’y aide. Je fais surtout en sorte de la libérer de sentiments tels que la culpabilité. Je veux qu’elle sache que tout est possible, qu’elle n’est pas obligée de trouver un partenaire ou d’avoir des enfants. Je vais lui apprendre à repérer les bonnes des mauvaises personnes et tout ira bien.

Dans le livre, vous dites que, ce que vous aimez dans ce métier, ce sont "les câlins" avec le public alors que vous avez eu tant de crève-cœur… Ne vous seriez-vous pas trompé de métier finalement ?

C’est vrai que ma plus belle rencontre dans ce métier reste celle faite avec le public. Plus jeune, je me moquais de Mireille Mathieu qui disait qu’elle devait tout à ses fans mais elle avait raison. Sans leur amour, nous ne sommes personne.

Selon vous ce métier a changé mais vous n’êtes pas pour autant prête à le quitter ?

Disons que je suis bien à l’animation de Mot de passe et des Enfants de la télé sur France 2 mais suis heureuse de ne pas débuter dans ce métier en 2025. Ce livre m’a réconciliée avec l’écriture et si ça pouvait devenir une habitude, ça serait le rêve. D’ailleurs, comme je le disais en début d’entretien, j’ai encore des choses à dire…

*Showtime, Souvenirs du chaos, sortie le 2 avril aux éditions Kero

Par
Adeline Quittot