Mercredi 23 avril, la chanteuse Suzane a annoncé la sortie imminente le lendemain de son nouveau titre baptisé "Je t’accuse", clin d’oeil assumé au "J’accuse" d’Emile Zola, la lettre ouverte, véritable manifeste contre l’injustice, publiée en 1898 en une du journal L’Aurore et dans laquelle l’écrivain prend la défense du capitaine Alfred Dreyfus, un officier juif injustement condamné pour trahison. Dans sa chanson, Suzane dénonce l’inaction de la justice lorsqu’il s’agit des plaintes pour violences sexuelles. "Je t’accuse de fermer les yeux alors que t’as tout vu… Des tonnes de vies classées sans suite mais tu vas rien faire… Je t’accuse et j’assume pour les victimes de ton système", peut-on l’entendre chanter.
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Une chanson en guise de main tendue
Sur Instagram, elle s’est expliquée sur la genèse de ce projet qu’elle a écrit en plein procès des viols de Mazan. "Est ce que le courage de Gisèle Pelicot lors de son combat aura contribué inconsciemment à m’en donner aussi ? Sûrement", a-t-elle indiqué. Dans son clip, la fille de Gisèle Pelicot apparait parmi les figurantes à l’instar de Muriel Robin, Catherine Ringer, Ève Simonet mais aussi Charlotte Arnould, la comédienne française qui a porté plainte pour viol contre Gérard Depardieu.
Au sujet de sa chanson, Suzane a indiqué sur ses réseaux sociaux : "Je ne voulais pas porter ce cri seule car je sais que nous sommes des millions à pouvoir dire (…) Ce projet est pour nous. Il est pour vous. Cette chanson, c’est une main tendue. À celles et ceux qui se sentent seuls. À celles et ceux qui ont peur, honte, ou qui n’ont plus de force. Vous n’êtes pas seuls".
Suzane évoque le traumatisme vécu
Interrogée par nos confrères du Nouvel Obs, l’artiste qui a dévoilé avoir, elle aussi, été victime de viol, a expliqué s’être incluse "parce que je n’ai plus honte de me mettre dans la liste". Sur le fait qu’elle n’a jamais parlé de ce traumatisme, elle a confié : "Jamais en chanson, mais mes proches le savent. J’en ai parlé, tard, mais j’y suis parvenue. Je ne sais pas s’il existe des études scientifiques sur le cerveau d’une personne sidérée par ce qui lui est arrivé, agression sexuelle ou viol, mais le fait est qu’après le choc on se dissocie de son corps, de son esprit, pendant un bon moment. En ce qui me concerne, il m’a fallu mener un long combat silencieux avant de pouvoir continuer ce combat en musique".
"A quand remontent les faits ?", lui ont alors demandé nos confrères. Et Suzane de répondre : "J’étais une jeune femme d’une vingtaine d’années. Je suis sortie du cocon familial sans savoir que la vie était dangereuse pour une fille. Je me suis construite avec ça, avec la honte, avec le silence. Le fait de chanter et de vivre tout ce que je vis a aussi participé à libérer ma parole". Sur le choix de sortir cette chanson maintenant, l’artiste a précisé : "J’étais à un moment de ma vie où j’avais beaucoup de flashbacks, les souvenirs remontaient, comme tous les traumatismes non réglés, comme des gros bugs dans le système. Je ne sais pas si c’est lié à l’actualité. Le procès Gisèle Pelicot en 2024 ne m’a pas aidée à oublier, mais le courage de cette femme m’a plutôt libérée aussi. En général, sur les clips, je vis des moments extrêmes, mais celui-ci était psychologiquement particulièrement intense".