Romane Bohringer signe Dites-lui que je l’aime, adapté du livre de Clémentine Autain, un récit sur l’abandon maternel. En s’emparant de ce texte, elle a choisi de confronter sa propre histoire, celle d’une enfant marquée par le départ d’une mère… "Quand j’ai lu le livre, je me suis rendu compte que je n’échapperai pas à ça : l’enfance blessée, incomplète… Comme une évidence", confie-t-elle à VSD.
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Et d’ajouter : "Le film m’a permis de remettre une histoire dans l’ordre, d’aller chercher les pièces d’un puzzle qui me manquaient, de mettre de la mémoire, de la compréhension dans tout cela. Je ne sais pas si ça règle tout, mais en faire un objet, éclairer des zones qui ne l’étaient pas, c’est une manière de rendre l’ensemble un peu plus serein". Initialement, Romane Bohringer ne voulait pas mêler sa propre histoire à celle du roman.
"Je n’avais au départ aucune intention de faire de l’auto-fiction", explique-t-elle. Puis de reprendre : "Je suis partie d’un texte où il y avait tout, je ne voulais pas y ajouter quoique ce soit de moi. Mais il faut plein de gens sensibles et bienveillants pour réaliser un film, et une fois la première version finie, tout le monde m’a dit que le film était incomplet". "J’aimais l’idée d’être à distance. Finalement, le résultat assume mon goût pour le cinéma et pour la vérité. On raconte quatre histoires : celles de ma mère, de la mère de Clémentine et les nôtres", détaille-t-elle.
Un père pilier… présent dans l’ombre
En réalisant ce film, Romane Bohringer a rouvert un dialogue qu’elle n’avait jamais vraiment eu… "On a interrompu l’écriture plusieurs fois pour effectuer des recherches. J’ai découvert, redécouvert des choses. J’en savais d’autres. Il restera toujours des zones d’ombres", admet-elle. Mais ce qui l’a le plus touchée, ce sont les réactions de ses enfants : "J’ai eu l’impression de ne jamais rien leur cacher, de leur parler de façon ouverte d’à peu près tout. Mais en sortant du film, ils ont été bouleversés et j’ai réalisé que je ne leur avais jamais rien dit à ce sujet".
Face à cette mère absente, la figure paternelle s’impose, lumineuse. Richard Bohringer n’a pas seulement été un acteur immense, il a été, pour sa fille, un roc ! "Le film regarde plus l’absence de ma mère que ma relation avec mon père. Et en même temps, il est le parent présent, celui à qui je dois qui je suis", dit-elle avec émotion. Puis de continuer son éloge : "Il a été un père courageux, héroïque, qui a élevé un enfant seul à une époque où ce n’était pas évident, surtout pour un homme. Il était en proie à sa propre bataille. Alors, j’ai eu très peu envie de l’encombrer avec mes questionnements".
Un lien pudique, qui s’est ravivé à travers le film comme elle le précise : "Après 50 ans de silence, j’ai dû lui faire lire le scénario. Une sacrée journée ! Mais il m’a énormément soutenue sur le film, il a aidé sur la forme sans jamais évoquer le fond".