Comment avez-vous découvert votre cancer il y 4 ans ?
Fanny Leeb : Un jour, je me suis brûlée avec un thé en studio, au niveau de la poitrine. En observant ma blessure le soir, j’ai senti une boule dans l’un de mes seins. Au fond de moi, j’ai su qu’il y avait quelque chose. Le lendemain, j’ai appelé ma gynécologue pour qu’elle m’envoie une ordonnance pour une échographie. La suite, je la raconte dans la bande-dessinée : les premiers examens, écographie, IRM et ponction. Et puis le verdict tombe. Je me rappelle être restée dans la salle d’attente pendant quelques heures parce qu’il fallait pousser les examens plus loin, on ne savait pas exactement à quel type de cancer nous avions affaire. J’avais la sensation qu’il allait falloir me pincer pour que je me réveille. Quand on rentre au fur et à mesure dans le vif du sujet, quand on vous annonce le cheminement, les traitements, c’est là que les choses deviennent réelles.
Puis, c’est un combat en famille, en couple, c’est un combat où l’on va chercher tout ce qu’on peut trouver de positif, de rassurant, qui fait du bien…
Oui. J’ai beaucoup de chance d’être entourée par une famille exceptionnelle. Et j’ai rapidement accepté ce qui m’arrivait. Je n’avais pas envie d’être dans la résistance, dans le déni ou de comprendre pourquoi. Je voulais tirer une leçon de cette épreuve. Je l’ai prise comme un avertissement parce que pour moi, c’était une certitude que j’allais m’en sortir. Il n’y avait pas moyen que je quitte cette planète. J’avais ce mental très puissant, alors qu’avant, j’étais quelqu’un de très sensible, qui n’avait pas confiance en elle du tout. Tout d’un coup, c’est comme si j’avais réalisé que j’avais plus de force que je ne le pensais. Je ne me suis pas effondrée, au contraire : c’est comme si j’avais un parcours à suivre. La ligne d’arrivée était là-bas, et j’allais la passer victorieuse.
Ce fut comme un électrochoc ?
Oui. Et je pense que l’univers m’a donné un nouveau passeport, une nouvelle carte pour pouvoir changer plein de choses chez moi, réaliser que la vie était précieuse et commencer réellement à la vivre. Je ne me suis jamais sentie aussi vivante que quand j’étais malade. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de la densité exceptionnelle de la vie. Depuis, j’ai appris à m’écouter, à prendre soin de moi, à me donner du mal pour aller bien et être la plus heureuse possible.
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Comment est née cette envie de coucher votre combat sur le papier, qui plus est sous la forme d’une BD ?
J’avais commencé à écrire un livre. Puis, à force de raconter mon histoire, des gens m’ont dit : "Pourquoi pas une bande dessinée ?". C’est vrai que le dessin accompagne les émotions et, en même temps, dédramatise, donne de la légèreté. J’ai rencontré l’illustratrice Cyrielle Pisapia qui mène un combat contre la sclérose en plaque. Avec elle, je pouvais totalement me mettre à nu, on se disait tout, avec notre sensibilité commune. Notre binôme a très bien fonctionné, c’est une grande amie aujourd’hui. Je suis fière d’avoir pu faire cet ouvrage et transmettre mon histoire. Cette expérience marquante qui m’a tant appris… Aujourd’hui, c’est ma mission de la partager et d’essayer d’apporter un maximum de choses aux autres. Ça fait partie de mon chemin.
Votre frère, Tom, comédien, et votre sœur Elsa, attachée de presse, signent la post-face de la BD. Comment ont-ils vécu ce que vous avez traversé ?
L’épreuve a été plus difficile que ce qu’ils ont bien voulu me montrer. Une fois la nouvelle tombée, ils ont essayé de mettre un masque pour dire "tout va bien". Moi, j’avais la tête dans le guidon, j’étais dans mon corps, je ressentais les choses, j’étais dans une énergie totalement différente de ceux qui sont à côté et qui ont un sentiment d’impuissance terrible. Je pense que c’est plus difficile pour l’entourage que pour la personne qui vit le naufrage. Toi, tu tiens la barre. Eux, ils sont un peu trimballés à droite, à gauche, en espérant tenir. C’est admirable. Avec eux, j’avais la chance de beaucoup rire, de ne pas prendre les choses trop au sérieux. Mais, c’est vrai qu’en sortant de tout ça, je pense qu’ils ont vraiment soufflé.
Votre papa, Michel Leeb, a récemment donné vos nouvelles, avec beaucoup de fierté…
Les mots qu’il emploie à mon égard sont bouleversants. Il me dit que je suis sa force, son exemple. Pour moi, c’est lui mon exemple. Nous avons une magnifique complicité. Je suis très touchée…
Parlez-nous de votre participation au trek éco responsable et 100% féminin Le Rose Trip, qui aura lieu du 26 au 31 octobre dans le sud du Maroc…
J’ai hâte de ce moment, parce qu’il va être beau, émouvant et fort. Il y aura beaucoup de larmes, de sourires et d’amour entre nous, c’est unique. Je vais présenter ma BD à toutes ces femmes qui participent au trek et qui se dépassent pour des associations. Et pour elles-mêmes.
Face au vent (Éditions Leduc). Fanny Leeb sera en dédicace le 23 octobre à la librairie Masséna (Nice), le 24 octobre à la librairie Charlemagne (Toulon), le 25 octobre à la librairie Charlemagne (La Valette) et le 26 octobre à la FNAC de Montpellier.