Dans un entretien intime accordé au Parisien, Antoine de Caunes revient sur un épisode marquant de son enfance : l’année 1962, lorsque son père, le journaliste Georges de Caunes, décide de s’isoler pendant un an sur une île des Marquises. L’animateur et écrivain y dévoile la douleur de l’absence, mais aussi les blessures silencieuses laissées par une relation père-fils longtemps marquée par le non-dit. Son père, fasciné depuis toujours par Robinson Crusoé, quitte tout pour tenter l’expérience de la solitude absolue.
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La difficulté à accepter l’absence du père
"Mon plus vieux souvenir, c’est mon père qui me parle de Robinson Crusoé, de Daniel Defoe. […] J’ai compris que, ce qu’il cherchait, dans Robinson, c’était se retrouver", a d’abord expliqué Antoine de Caunes. Pour ce dernier, alors âgé de 8 ans, ce départ est incompréhensible… Il a raconté à nos confrères : "Je me souviens du jour où il me l’annonce : je ne comprends pas. Il s’en va pour un an ! Quand on en a 8, c’est une éternité". Si son père lui promet de l’entendre à la radio chaque soir, l’enfant vit douloureusement cette absence. L’animateur a alors ajouté : "C’est très difficile à accepter pour un môme, mais je suis aussi ravi d’avoir un père différent […]. Oui, c’est génial, et c’est une consolation, parce que, en même temps, il est absent, donc c’est une souffrance".
Héros médiatique de l’époque, Georges de Caunes est une figure familière des Français. Mais à l’autre bout du monde, son aventure tourne court : blessé et affaibli, il est rapatrié au bout de quatre mois surtout qu’il a perdu 20 kg. Lorsqu’il retrouve son père, Antoine ne voit pas forcément le changement : "Il avait rasé sa barbe, et j’ai retrouvé un père pas si différent de celui qui était parti. Il m’a rapporté des colliers de coquillages". Plus douloureuse encore que l’absence physique, la distance émotionnelle a été difficile à vivre en grandissant : "Mon père était un taiseux. Il faisait un métier de communication mais, dès qu’il le pouvait, il faisait l’économie de la parole. […] J’étais dans une frustration permanente".
Un lien père-fils retrouvé ?
Dans une tentative de se rapprocher, Antoine de Caunes entreprend, à l’âge adulte, de recueillir ses souvenirs à l’aide d’un magnétophone. Un projet interrompu, tant l’homme restait silencieux sur lui-même : "Il restait factuel, se souvenait des dates, mais ne disait rien de lui. J’en ai eu assez, j’en suis resté là". Dans un album graphique publié ce vendredi 28 mars aux éditions Dargaud et baptisé "Il déserte – Georges ou la vie sauvage", Antoine de Caunes dialogue avec ce père devenu personnage. L’enfant qu’il était y croise l’homme de 71 ans qu’il est devenu. "J’ai l’impression de mieux le comprendre maintenant. Comme un mystère résolu", a-t-il expliqué au Parisien. Ce travail de mémoire a aussi été une introspection. "J’ai beaucoup de points communs avec mon père, ce qui m’effraie parfois. […] Je me retrouve en lui, alors explorer cette histoire m’a fait du bien", a-t-il conclu.