Cette semaine dans Marianne, Natacha Polony a invité la sphère journalistique à prendre du recul et s’intéresser aux problématiques qui reposent derrière le scandale du Journal du Dimanche. Malgré une grève de 40 jours, Geoffroy Lejeune, ex-Valeurs Actuelles, a été nommé directeur de rédaction, provoquant le départ de la plupart des journalistes. Les deux premiers numéros sortis en août ont confirmé les craintes : erreurs journalistiques, ligne éditoriale d’extrême-droite… Vincent Bolloré, accusé très régulièrement de censure, est accusé cette fois d’aller à l’encontre des valeurs du JDD et d’en faire un journal d’extrême-droite, à l’instar de ce qu’il a déjà entrepris sur CNEWS.Mais Natacha Polony retient surtout l’indifférence de la majorité des citoyens français face à la grève des journaliste et au virage éditorial du journal. Selon elle, le monde médiatique devrait s’en "inquiéter davantage" plutôt que de ne se concentrer que sur le problème des idéaux politiques : "Vincent Bolloré a acheté un média et il entend en faire ce qu’il veut. Privilège de l’argent, qui nie l’histoire de l’entreprise qu’il achète et le rôle des gens qui se sont employés à la faire vivre. Ce que le capitalisme fait, souvent dans l’indifférence des journalistes, à des entreprises de toute nature, suscite des levées de boucliers de la part de ces mêmes journalistes quand ils en sont les victimes".
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L’ancienne chroniqueuse de Laurent Ruquier dans On n’est pas couché sur France 2 questionne : "Un milliardaire a-t-il le droit d’effacer l’histoire d’un titre, de ‘remplacer le peuple’ de ses lecteurs ? Il y a là quelque chose de profondément choquant (et d’ailleurs d’assez idiot, au vu des audiences actuelles d’Europe 1). Hélas, on a parfois l’impression que ce qui déplait si fort à la majorité des journalistes n’est pas tant le fait qu’on puisse changer radicalement la ligne éditoriale d’un média que le fait que la nouvelle ligne soit ancrée dans un camp politique qui n’est pas le sien".
La célèbre essayiste redoute que cette obsession n’aveugle trop longtemps les journalistes, alors que les conséquences se font déjà ressentir, et estime donc qu’il faut se rendre à l’évidence et agir : "CNEWS incarne pour la profession une sorte de repoussoir diabolique qui permet de ne surtout pas s’interroger sur ce qui fragilise réellement le journalisme, du poids des annonceurs à celui des Gafam, en passant par la fracture désormais béante entre les citoyens et les médias. (…) Si les journalistes s’attirent plus de défiance que les hommes politiques, c’est parce qu’ils ont renoncé à analyser les causes et les modalités de la fragilisation des classes moyennes et populaires occidentales (…). Aujourd’hui, la détestation dont ils font l’objet permet à Vincent Bolloré d’appliquer sa purge. Mais les médias sont-ils fragilisés par ce milliardaire-là ou par le fait qu’ils ont besoin de milliardaires pour survivre ?".
Enfin, Natacha Polony conclut : "C’est le journalisme dans son ensemble qui est en train de disparaître du faire des algorithmes de Google, du fait qu’il est plus facile de regarder une vidéo de trois minutes que de lire un article. Du fait que personne, pendant des années, ne s’est soucié de faire vivre la démocratie".