Si certaines actrices ont refusé de témoigner "par crainte que prendre la parole puisse être préjudiciable", les comédiennes Alice de Lencquesaing, Ariane Labed et Clotilde Hesme, membres de l’Association des acteurs.ices (ADA), ont accepté de se confier à Libération sur l’importance d’imposer de nouvelles pratiques dans le monde du cinéma mais aussi sur leurs propres expériences traumatisantes.
Clotilde Hesme, qui a joué dans la série au succès fou de TF1 HPI avec Audrey Fleurot, est ainsi revenue sur l’un des films qui a lancé sa carrière et qui a été "honoré par la presse". "J’ai pris conscience quinze ans plus tard (…) qu’il est un film d’abus", affirme-t-elle ainsi en racontant un moment choquant survenu sur le tournage. "Il contient notamment un plan dans lequel je suis filmée avec une actrice qui vient d’être sommée d’avoir un rapport sexuel sous le prétexte de la grande œuvre. La justification était que Lee Strasberg (directeur de l’Actors Studio, ndlr) aurait dit que lorsqu’on est mauvaise actrice, il faut avoir fait l’amour avant d’être filmée. Toute l’équipe a attendu sur le plateau ma partenaire et le cinéaste", détaille la comédienne qui a décidé de ne plus se taire car "la même scène ne cesse de se reproduire avec d’autres actrices" encore aujourd’hui.
Cette scène de sexe qui a marqué Clotilde Hesme
Clotilde Hesme précise d’ailleurs que ces dérives ne sont pas uniquement présentes dans le cinéma d’auteur, bien au contraire. Sans citer le nom de la fiction en question, elle dévoile ainsi la "situation malaisante" dans laquelle elle s’est retrouvée "récemment sur le tournage d’une production audiovisuelle destinée à une première partie de soirée". "Sur le script était noté : « Ils font l’amour. » Aucune indication sur comment, pendant combien de temps", indique-t-elle en précisant que son partenaire a proposé un peu plus tôt de mimer un cunnilingus. "C’est super progressif, ça fera de moi un personnage moderne", lui a-t-il lancé.
Alors qu’une troisième personne devait interrompre cette scène d’amour en toquant à la porte, le réalisateur a changé ses plans sans prévenir Clotilde Hesme qui avait "la tête [du comédien] dans son entrejambe". "Comme c’est une comédie pour la télé, je suis sûre que ce sera pudique et sans mise en danger. Sauf que sans me prévenir, le réalisateur a intimé à la comédienne d’entrer dans la pièce plus tard que prévu. Je n’ai aucune instruction, je ne sais pas comment réagir avant qu’elle n’entre, durant ce laps de temps qui s’éternise. Est-ce que je dois commencer à mimer un début de plaisir ?", explique-t-elle. Elle poursuit en précisant avoir eu droit à des remarques "culpabilisantes" sur son malaise à tourner cette scène. "Peut-être que pour toi, ce type de scène est réactivateur de trauma ? Tu aurais dû prévenir l’équipe avant", lui a dit une personne dont elle ne cite pas le nom. "On règle les cascades au millimètre près pour que les corps ne soient pas abîmés. Pourquoi ne fait-on pas de même avec les scènes de nudité et de sexualité ?", conclut-elle.