Le 25 février dernier, Jean-Michel Aphatie a déclenché une vive controverse en évoquant la colonisation française en Algérie sur l’antenne de RTL. Lors d’un débat sur les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie, le journaliste a affirmé que l’armée française avait perpétré des massacres comparables à celui d’Oradour-sur-Glane, commis par les nazis en 1944. Ses déclarations ont provoqué une avalanche de réactions, notamment du côté des figures politiques et médiatiques. Face à cette polémique, RTL a choisi de le retirer temporairement de l’antenne, une décision qui a suscité son lot de débats.
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Une comparaison qui fait polémique
Lors de son intervention dans RTL Matin, Jean-Michel Aphatie a mis en avant l’impact de l’histoire coloniale sur les tensions actuelles entre la France et l’Algérie. Il a notamment déclaré que la France avait mené "130 ans de massacres, de meurtres, de paupérisation d’un peuple et d’une violence incroyable". Selon lui, la situation serait peut-être différente aujourd’hui si la France reconnaissait officiellement ces faits et présentait des excuses.
Ce qui a particulièrement provoqué la controverse, c’est bien évidemment son parallèle avec Oradour-sur-Glane, village martyr de la Seconde Guerre mondiale où 642 habitants furent massacrés par la division SS Das Reich. "On en a fait des centaines, nous, en Algérie. Est-ce qu’on en a conscience ?", a-t-il lancé à l’antenne. Face à ces propos, Thomas Sotto, animateur de l’émission, a immédiatement réagi : "Mais on n’a pas fait Oradour-sur-Glane en Algérie". Ce à quoi Jean-Michel Aphatie a répondu en insistant sur le nombre de villages algériens rasés et leurs habitants massacrés. "Les nazis n’existaient pas à l’époque, on ne s’est pas comportés comme eux. C’est eux qui ont agi comme nous l’avions fait en Algérie", a-t-il ajouté.
Une vague d’indignation à droite et à l’extrême droite
Les propos du chroniqueur ont alors déclenché une tempête politique, en particulier à droite et à l’extrême droite. Florence Portelli, invitée de l’émission, a exprimé son indignation en qualifiant cette comparaison d’"insulte au peuple français". Selon elle, "comparer Oradour-sur-Glane, où des femmes et des enfants ont été enfermés dans une église avant d’être brûlés vifs, aux actions de l’armée française en Algérie, est inacceptable". D’autres personnalités politiques, comme Éric Ciotti, ont même appelé l’Arcom à intervenir alors que plusieurs élus du Rassemblement National et des Républicains ont affirmé qu’il s’agissait là d’une tentative de réécriture de l’histoire par Jean-Michel Apathie.
La réaction de RTL et la mise à l’écart temporaire du journaliste
Face à l’ampleur de la polémique, RTL a décidé de suspendre temporairement Jean-Michel Aphatie de l’antenne le mercredi 5 mars. L’annonce a été faite en direct par Thomas Sotto et Amandine Bégot, qui ont précisé que la direction de la station considérait ses propos comme "inappropriés" et qu’ils avaient "choqué de nombreux auditeurs". Amandine Bégot a d’ailleurs précisé que "Jean-Michel ne souhaitant ni s’excuser ni revenir sur ses propos, ce qui est son droit, la direction de RTL lui a donc demandé de se tenir, ce matin, en retrait de l’antenne".
Jean-Michel Apathie répond
Dans une interview accordée à nos confrères d’ Arrêt sur images, Jean-Michel Aphatie a affirmé qu’il comprenait la décision de RTL, tout en maintenant l’essentiel de ses propos. Il s’est dit "ni meurtri, ni choqué" par sa mise en retrait temporaire et a estimé que la radio avait géré la situation "avec beaucoup d’intelligence et de compréhension". Pour lui, le plus important est que le débat sur la mémoire coloniale continue d’exister et ne soit pas caché sous le tapis. "Il y a eu beaucoup de réactions, d’émotions, de désaccords, mais c’est un sujet dont il faut parler", a-t-il insisté. Il en a profité pour rappeler que la radio ne l’avait "pas mis à la porte" et qu’il y sera "normalement" de retour "mercredi prochain".
Sur X, ancien Twitter, il a également publié un long message dans lequel il rappelle "Beaucoup d’historiens de la période de la conquête algérienne ont été sollicités. Tous m’ont donné raison sur la réalité des faits". Et d’ajouter avec regret : "J’ai été suspendu professionnellement, ce qui ne m’était jamais arrivé. Certains remarquent qu’en dix ans de provocations et de remarques méprisantes et injurieuses – ‘votre mère aurait dû vous appeler Corinne’ – , malgré des condamnations judiciaires qui ont fait de lui un délinquant, Eric Zemmour n’a jamais été suspendu par une entreprise de presse. Il a au contraire été promu. La liberté d’expression, beaucoup portée en écharpe ces derniers temps, s’apparente aussi à une vaste rigolade".
Le débat historique relancé
Si les propos de Jean-Michel Aphatie ont suscité une levée de boucliers dans certains milieux politiques, ils ont également été soutenus par plusieurs historiens spécialisés dans la colonisation. Alain Ruscio, historien reconnu sur le sujet, a confirmé que l’armée française avait bien mené des opérations d’une violence extrême en Algérie, évoquant les enfumades de tribus entières dans des grottes au XIXème siècle. Benjamin Stora, autre spécialiste de l’histoire algérienne, a souligné que "l’extrême violence" de l’armée française lors de la conquête de l’Algérie en 1830 et lors de la guerre d’indépendance (1954-1962) était un fait historique bien documenté.
Bonjour à tous.
J’ai été très critiqué ces derniers jours, et aussi très soutenu, par d’innombrables personnes, diverses et informées de la réalité historique. Je remercie ici celles et ceux qui m’ont adressé des messages de sympathie et de compréhension. Les autres, je ne les… pic.twitter.com/qwfaIMfike
— jean-michel aphatie (@jmaphatie) March 6, 2025