Les prises de position répétées et particulièrement offensives de Charles Alloncle, accusé ces dernières semaines de mener des auditions à charge contre le service public, ont fini par faire sortir Nagui de ses gonds. En fin d’année 2025, il a livré une nouvelle charge dans l’émission Les Incorrectibles contre l’animateur emblématique du service public et voix quotidienne de France Inter. Sans produire d’éléments concrets, Charles Alloncle a affirmé que Nagui serait, selon lui, "la personne qui s’est la plus enrichie sur les dix dernières années sur l’argent public en France".
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Des affirmations difficiles à étayer
Une déclaration d’autant plus spectaculaire qu’elle s’est accompagnée d’une estimation vertigineuse. Le député a avancé, toujours au conditionnel, que l’animateur aurait perçu "plusieurs centaines de millions d’euros" grâce à l’audiovisuel public. Des chiffres lancés sans documents ni démonstration chiffrée à l’appui. Une telle estimation apparaît pourtant extrêmement complexe, voire quasi impossible, à établir de manière fiable. Entre salaires, contrats de production, chiffres d’affaires des sociétés et bénéfices réels, les paramètres sont multiples et rarement publics dans le détail. L’absence de preuves rend donc la véracité de ces propos difficile à vérifier, d’autant plus que Charles Alloncle a lui-même pris soin d’employer le conditionnel.
Nagui contre-attaque avec finesse
Si Nagui avait fait le choix de garder le silence, il l’a finalement brisé lundi 5 janvier 2026 sur ses réseaux sociaux dans une publication qui n’a pas manqué de faire réagir. Dès les premières lignes, Nagui a donné le ton en s’adressant directement au député : "Cher Charles-Henri Alloncle, Je me permets de vous écrire et surtout je me permets cette familiarité car il me semble, à lire et suivre vos déclarations, que j’occupe une place toute particulière dans votre cœur". Il a ensuite rappelé la phrase à l’origine de sa prise de parole : "Je pense, je vais parler au conditionnel, que Nagui est la personne, sur les 10 dernières années en France, qui s’est le plus enrichie sur l’argent public".
Face à cette affirmation, l’animateur a dit s’être interrogé sur l’intention réelle de son interlocuteur : "Je me suis demandé si vous maniiez avec talent et intelligence une forme d’humour, de dérision pamphlétaire ou si vous restiez au premier degré ?". Avant d’ajouter, non sans ironie, combien ce portrait lui paraissait flatteur : "Sachez d’abord que je suis touché par le temps que vous consacrez dans les médias à saluer mon parcours professionnel, ma fidélité au service public, ma réussite, ma gestion d’entreprise, sincèrement je me demande si c’est bien de moi dont vous parlez tellement ce portrait est flatteur".
Producteur, mais pas salarié de France Télévisions
Nagui a ensuite retracé son histoire professionnelle, rappelant son ancienneté au sein du service public et soulignant la longévité de ce parcours. "Cela fait donc 44 ans que j’ai la chance de travailler pour le service public avec, il est vrai, quelques dérapages dans le privé (M6, TF1, C+, La 5, RTL, E1, E2.) où j’ai beaucoup appris, sans jamais compter mes heures", a-t-il précisé. Et poursuivre : "Aujourd’hui je suis salarié dans le public (France Inter) et dans le privé (Banijay) mais cela vous le savez, puisque je hante votre esprit, devrais-je dire “nourris vos fantasmes” pour être plus juste ?".
Au fil de sa publication, Nagui a tenu à clarifier son statut et celui de ses sociétés. "Je travaille effectivement pour un groupe audiovisuel qui contracte avec FTV pour une émission quotidienne, une mensuelle, et une annuelle. Pour toutes les autres animations demandées par FTV (…) je n’ai volontairement jamais été payé, et je ne parle pas au conditionnel. Je ne suis pas salarié de France Télévision, vous le savez", a-t-on pu lire. Il est ensuite revenu sur la création de sa société de production : "J’ai créé ma société audiovisuelle Air Productions, l’année de votre naissance (est-ce un signe ?), en 1993". Une décision dictée, selon lui, par les contraintes imposées à l’époque à Antenne 2 car "aucun producteur privé en place n’a voulu de Taratata, pas rentable".
Rendez-vous au tribunal ?
Sur la question de la rentabilité, Nagui a reconnu une réalité souvent évoquée dans le débat audiovisuel : "Vous dites : ‘les jeux sont plus rentables que les émissions de plateaux’ et là, finit le conditionnel : vous avez raison !". Il a même précisé que cette rentabilité profitait avant tout… au service public. "À durée de programme comparable, un jeu coûte à la chaîne deux fois moins qu’une émission enregistrée en plateau, quatre fois moins qu’un direct, on arriverait à huit fois moins qu’une fiction, m’a-t-on dit, et là j’emploie le conditionnel n’ayant pas, comme vous, accès à tous les chiffres", a ajouté le mari de Mélanie Page.
Et l’animateur d’insister sur la dimension collective de ces productions : "Il ne faut pas confondre empocher et embaucher : 200 personnes travaillent par journée de tournage. Pour une seule émission de 30 minutes il y a énormément de travail : 44h de sélection des candidats, 25h de répétions des 16 musiciens, 8h de montage et mixage, 4h de rédaction". Dans la dernière partie de son texte, Nagui a interrogé frontalement les motivations de Charles-Henri Alloncle. "Alors quel est votre moteur ? Quel est votre sentiment ou ressentiment à mon égard ?", a-t-on pu lire sur Instagram.
Il a évoqué les attaques personnelles, les sous-entendus et les messages de haine reçus après les déclarations du député, s’attardant longuement sur l’usage revendiqué du conditionnel. "Certaines mauvaises langues me disent que vous n’aimez pas les végétariens, d’autres me disent que ce sont mes origines égyptiennes, certains auraient vu que vous administriez, au conditionnel, un compte Facebook, soutien d’une personnalité de l’extrême droite, qui publierait, tout cela au conditionnel, des phrases comme ‘race de merde’, ‘bamboula’ et même ‘crouille’ (insulte que j’ai essuyée dans ma vie)", a écrit Nagui. Avant de conclure sur une proposition sans équivoque : "Je vous proposerais (…) de nous retrouver face à un tribunal, non plus celui des réseaux sociaux, ni celui des médias d’opinion, non, un tribunal, un vrai". Affaire à suivre.