Pour la première fois, des témoignages d’anciennes reines de beauté viennent lever le voile sur un aspect sombre du concours Miss France. Dans Miss France : du rêve à la réalité, qui paraît le 8 septembre aux éditions Vérone, Hubert Guérin, dernier collaborateur personnel de Geneviève de Fontenay, compile des récits glaçants jusque-là tus. Recueillis au fil d’une enquête minutieuse, les témoignages révèlent l’existence d’agressions sexuelles vécues par certaines élues.
Des confidences bouleversantes
Des phrases brutales résonnent, comme autant de coups portés à l’image lisse du concours. "Moi, Miss France, j’ai été victime de viols pendant mon année", confie une ancienne lauréate. Une autre raconte : "Élue Miss France, je suis violée quelques heures plus tard : dans ma chambre, on me pousse contre le lit et on me déchire la robe". Plus loin ? "Le lendemain de mon sacre, je suis forcée à faire une fellation".
Ces récits, rapportés anonymement, illustrent le traumatisme qui a marqué ces jeunes femmes… Comme le souligne Hubert Guérin dans Ciné Télé Revue : "Miss France est une institution. Et comme toutes les institutions de la société, elle a du mal à briser le silence sur les violences sexuelles. J’ai voulu briser cette omerta à travers ce livre, car Miss France a aussi besoin de vivre son MeToo".
Le poids du silence
Pourquoi ces victimes n’ont-elles jamais parlé plus tôt, alors même que Geneviève de Fontenay affirmait être "très fière de n’avoir eu aucune Miss violée" ? Parce que, selon l’auteur, l’ombre de la honte et la peur des représailles les tenaient au silence. "Le traumatisme était trop grand. Surtout, personne ne nous aurait crues", disent-elles aujourd’hui. Hubert Guérin ajoute : "L’année de règne, c’est souvent cette perspective unique qui force les Miss à garder le silence sur les violences subies. Élues, elles veulent rayonner, faire rêver, vivre pleinement le conte de fées promis. Le silence s’impose alors".
Outre les violences sexuelles, le livre évoque aussi ces comportements jugés "banals" à l’époque, mais qui restent inacceptables… Les "mains baladeuses" lors des séances photo sont restées dans les mémoires. Marine Lorphelin, Miss France 2013, confie : "J’ai eu des mains aux fesses par des maires de certains villages". Delphine Wespiser, Miss France 2012, relate des expériences similaires… Depuis 2017, sous l’impulsion de Sylvie Tellier, l’organisation dit avoir renforcé son dispositif de protection : gardes du corps, accompagnateurs exclusivement féminins, accès restreint aux coulisses.
"On est dans une époque où les Miss parlent davantage. Lorsqu’il y a une agression, elles le disent", explique Hubert Guérin à Ciné Télé Revue. Mais l’auteur déplore encore l’absence de dialogue avec la direction actuelle : "J’ai alerté Frédéric Gilbert, le président de la société Miss France, sur ces témoignages. Il ne m’a jamais reçu pour me répondre. Cela montre qu’il y a toujours une forme d’omerta. On préfère ne pas en parler pour ne pas écorner l’image du concours".