Juliette Binoche, figure emblématique du cinéma français et international, a été désignée pour présider le jury de la 78ᵉ édition du Festival de Cannes, prévue du 13 au 24 mai prochains. Elle succèdera ainsi à la réalisatrice américaine Greta Gerwig, marquant la cinquième fois qu’une actrice française occupe cette prestigieuse fonction. "Pour la deuxième fois dans l’histoire du Festival, deux artistes féminines se transmettront ce prestigieux flambeau" de la présidence du jury, a souligné le comité d’organisation de la cérémonie dans un communiqué de presse
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Juliette Binoche surprise du manque de prise de parole des acteurs depuis l’affaire Weinstein
A cette occasion, la comédienne a accordé une longue interview à nos confrères de Libération ce samedi 10 mai. Questionnée sur la remise en question du monde du cinéma "dans son rapport d’emprise sur le corps des actrices", Juliette Binoche s’était déjà livrée une première fois sur le sujet à nos confrères et a expliqué ce que sa prise de parole a entraîné pour elle. "De nombreux metteurs en scène masculins m’ont écrit, touchés par ce qu’ils avaient lu. Je ne me souviens pas d’avoir eu des retours d’acteurs. Quelques actrices m’ont également écrit, mais peu. Je suis étonnée par le manque de manifestations de la part des acteurs dans la presse, comme si leurs voix étaient figées, comme s’ils attendaient que ça passe", a-t-elle regretté.
Un mouvement "pas dirigé contre les hommes"
Elle a ensuite pris la peine de répondre en détail à la question de nos confrères qui lui demandaient si on est "dans une forme de révolution ou au fond, ça reste justement un effet de surface où les changements de regards, de comportements se jouent à la marge". Sa réponse ? "On est face à une révolution. Pour le cinéma, qui a longtemps été un milieu essentiellement masculin sauf pour les scriptes, les monteuses et les actrices, les hommes sentent un danger", a-t-elle commencé.
Puis Juliette Binoche de développer : "Le fait qu’il y ait beaucoup plus de femmes qui surgissent, notamment du côté de la mise en scène, qu’elles ont du succès et des prix, ça change la donne. Beaucoup d’hommes d’une certaine génération se sentent bousculés. Le mouvement #MeToo n’est pourtant pas dirigé contre les hommes mais pour la conscience des hommes, pour un réveil général. Les femmes ont besoin d’exprimer des décennies de comportements déplacés, des abus de pouvoir, dans certains cas passibles de prison. Quand il y a un retour, une voix qu’on peut entendre, il y a alors un chemin possible de réconciliation, de guérir un peu, d’avoir au moins le soulagement d’avoir été entendue et considérée".
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Juliette Binoche regrette le traitement de la parole des femmes
"Quand des femmes s’expriment, on continue d’entendre qu’elles en font trop, qu’elles exagèrent, que c’est plus compliqué. C’est vrai que c’est compliqué, mais on ne doit pas retourner la situation contre elles, en disant : ‘Elles l’ont bien cherché, elles étaient ambitieuses, elles n’auraient pas dû monter dans la chambre’, etc. C’est trop facile de dire ça", a tenu à souligner la prochaine présidente du jury du Festival de Cannes.
Et cette dernière d’assurer : "Tous les artistes sont ambitieux, mais quand on est une fille, c’est plus dangereux. C’est vrai que c’est difficile de définir le désir dans un art collectif. La jeune actrice désire se donner, mais où définir la limite de ce désir ? Le metteur en scène est responsable de cette limite, car tout d’abord l’actrice est souvent trop jeune pour le savoir".
Si elle a concédé "que le metteur en scène peut être emporté par son propre désir, et ne plus savoir où est la limite", Juliette Binoche tient à rappeler "sa responsabilité immense" et le fait qu’en tant que "capitaine de bateau, il doit savoir où va son bateau ou quand il doit s’arrêter". "Aujourd’hui ce virage de conscience est nécessaire, les douleurs passées doivent être entendues et reconnues de la part de ceux qui les ont provoquées ou faites. C’est incontournable pour guérir des deux côtés et évoluer", a conclu l’actrice.