“Je vous le dis avec gravité” : Zaho de Sagazan invite Emmanuel Macron à ne plus utiliser l’une de ses chansons, il lui répond

Publié le 28 juillet 2025 à 10:30
Reynaud Julien/APS-Medias/ABACA
Dans un message poignant publié sur Instagram, Zaho de Sagazan a interpellé Emmanuel Macron, l’appelant à agir concrètement face au drame humanitaire à Gaza. Refusant que ses chansons servent à "enjoliver l’inaction", la chanteuse a exigé des actes forts. Une prise de parole rare et puissante à laquelle le président de la République a choisi de répondre personnellement, saluant un "cri lucide" et annonçant de nouvelles mesures, dont la reconnaissance prochaine de l’État palestinien.

Zaho de Sagazan a pris la parole publiquement dans un message bouleversant et engagé sur Instagram, où elle appelle Emmanuel Macron à sortir de l’inaction face à la situation à Gaza. Depuis plusieurs mois, la chanteuse multiplie les concerts et les moments de communion avec son public. Mais cette fois, c’est avec gravité qu’elle a décidé d’utiliser sa voix, non plus seulement pour chanter, mais pour dénoncer.

Zaho de Sagazan prend la parole pour Gaza

"Chaque soir, j’ai l’immense chance de vivre sur scène avec vous un moment de lumière, de communion et d’amour. […] Mais aujourd’hui, je ne peux plus me contenter de réchauffer les cœurs sans dénoncer ce qui s’effondre autour de nous", a-t-elle écrit. Dans un long texte, Zaho de Sagazan décrit l’horreur quotidienne vécue par les civils palestiniens : la faim, l’absence d’eau, la destruction de quartiers entiers, la mort des enfants… Elle accuse le gouvernement israélien, dirigé par une coalition d’extrême droite, de mener une politique "génocidaire", et dénonce l’inaction complice de la communauté internationale.

"On parle de guerre, mais il n’y a plus de front. […] On invoque les otages israéliens, alors que leur propre gouvernement a rompu le cessez-le-feu qui permettait leur libération", s’est-elle insurgée. Sans minimiser les crimes du Hamas, qu’elle qualifie d’"atroces", Zaho refuse que ces violences servent d’alibi à une répression aveugle contre un peuple déjà écrasé depuis des décennies. S’adressant directement au président de la République, elle lui rappelle qu’il a plusieurs fois utilisé sa chanson La symphonie des éclairs dans sa communication officielle, y voyant une contradiction insupportable entre les mots valorisés dans ses discours et les actes absents sur le terrain politique.

La chanteuse s’adresse à Emmanuel Macron

"Je vous le dis avec gravité : n’utilisez pas les mots des artistes si vous n’agissez pas pour les vies qu’ils défendent. […] Nous ne sommes pas là pour enjoliver l’inaction", lui a-t-elle écrit. Zaho de Sagazan formule des demandes concrètes : un cessez-le-feu immédiat, la fin de la coopération militaire avec Israël, l’ouverture des accès humanitaires, des sanctions pour les violations du droit international et le soutien à des enquêtes pour crimes de guerre. Elle a regretté le fait que "Chaque jour de silence, de confusion volontaire, crée de nouvelles victimes, alimente le désespoir, la radicalisation, la haine et enfonce un peu plus notre humanité dans la honte". Elle ainsi terminé son texte : "Il s’agit d’exiger des actes. Pas des mots. Il s’agit de retrouver notre cœur. Notre lucidité. Et notre humanité".

Le président de la République lui répond

Suite à son message, le président de la République a publié un long commentaire pour lui répondre. "Madame, j’ai lu vos mots. Je les entends. Je les ressens.Comme vous, je refuse que la douleur soit recouverte par le silence. Rien ne saurait justifier l’indifférence face à l’effondrement d’un peuple. Soyons clairs : la France ne fournit aucune aide militaire, ni directe ni indirecte, aux opérations menées par l’armée israélienne à Gaza. À El-Arish, la frontière de Gaza, j’ai croisé des regards perdus, des enfants grièvement blessés, des mères à bout de force. Et j’y ai vu nos caisses d’aide humanitaire bloquées, l’exaspération des équipes, l’impuissance face à l’urgence", a-t-il commencé.
Puis d’ajouter : "Depuis ce jour, je me bats, au nom de la France, avec encore plus de détermination, pour que cette violence insoutenable contre des civils cesse enfin, et que l’aide puisse entrer. Nous exigeons un cessez-le-feu immédiat, la libération de tous les otages, un accès humanitaire massif sans entrave, la protection effective des populations civiles, la fin des bombardements. Et nous demandons que les violations du droit international soient sanctionnées. Sans ambiguïté. Nous soutenons pleinement les enquêtes indépendantes ouvertes sur les crimes de guerre. Il n’y a pas de double standard. Nulle vie ne vaut moins qu’une autre". L’époux de Brigitte Macron assuré partager "l’exigence" de la chanteuse face à une situation qui "s’aggrave", et au fait que "ce que nous faisons collectivement ne suffit pas".

"Votre message est un cri lucide"

"C’est pourquoi j’ai décidé que la France reconnaîtra l’État de Palestine. Il n’y a pas de paix sans justice, ni de justice sans un État palestinien viable, souverain, démilitarisé, reconnaissant Israël et engagé dans la sécurité de tous. Nous devons en finir avec le Hamas, reconstruire Gaza, et garantir les droits de chaque peuple. Ce chemin est étroit, exigeant, mais il est le seul vers la paix. Votre message est un cri lucide. Il me touche et m’oblige. Ma responsabilité est d’agir avec courage, avec clarté, avec humanité", a assuré le chef de l’Etat. Et de conclure : "Je veux vous l’assurer : je ne détournerai pas le regard. Je continuerai à me battre pour que la paix ne soit pas un mot, mais un résultat. Suite à mes échanges avec nos partenaires, je suis optimiste sur le fait que nous pourrons reprendre très vite nos actions humanitaires pour répondre aux besoins les plus urgents des civils".

Par
Kahina Boudjidj