Il n’aura fallu que d’une phrase, d’une punchline corrosive, pour que Guillaume Meurice se retrouve dans l’œil du cyclone. Alors que le conflit israélo-palestinien a pris une nouvelle ampleur suite aux attentats du 7 octobre dernier menés par le Hamas, l’humoriste est présent au micro de France Inter le dimanche 29 octobre. Entouré de ses camarades du Grand Dimanche Soir, émission animée par Charline Vanhoenacker, l’humoriste décide de s’en prendre à Benjamin Netanyahu. Il choisit alors de comparer le premier ministre israélien d’une manière pour le moins brutale. "Halloween approche et tout le monde commence à chercher un déguisement pour faire peur. En ce moment, le déguisement Netanyahou marche pas mal. C’est une sorte de nazi, mais sans prépuce", a-t-il lâché.
Des réactions et des critiques immédiates
La formulation choisie par Guillaume Meurice provoque quasi-instantanément des nombreuses réactions. Face à la polémique, avec notamment un flot de critiques sur les réseaux sociaux, France Inter choisit de réagir. Le 6 novembre, Guillaume Meurice écope donc d’un avertissement de la part de la radio. Une décision immédiatement contestée par le principal intéressé. "J’ai bien eu un avertissement et je vais le contester en justice. Je conteste cette sanction, car je n’ai pas commis de faute et je n’ai fait que mon métier. Je considère qu’il s’agit d’une injustice, je fais donc appel à la justice", confiait-il au Monde. Sans le savoir, ou en toute conscience, les deux parties entament à ce moment un long bras de fer qui ne trouvera son épilogue que 7 mois plus tard. Mais chaque chose en son temps : deux semaines après sa première chronique, Guillaume Meurice faisait retour sur l’antenne de Radio France. Il n’hésite pas à en remettre une couche au moment d’évoquer l’affaire. "Je n’ai pas pu répondre à tout le monde. J’étais pas mal occupé. C’est mon point commun avec la Cisjordanie, d’ailleurs. J’ai lu aussi les remarques constructives suite à cette histoire de Netanyahu, nazi, prépuce. On m’a dit: ouais, mais le Hamas, aussi, sont des nazis sans prépuce. Eh oui ! Eh oui, et j’ai jamais dit le contraire, je me demande même s’il y a pas un problème avec cette absence de prépuce. Ça les énerve en fait. Parce que ça gratte ? Je ne sais pas. Sans doute un facteur aggravant", lâche-t-il.
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Une division au sein de France Inter
Du côté de la radio et de sa rédaction, la blague et l’attitude de Guillaume Meurice ne font pas l’unanimité. "Il fait un tort terrible au service public, s’insurge un salarié depuis le siège de Radio France. Il ne nous représente en rien. Tout le monde essaye de bien travailler, d’être à la hauteur, d’avoir une couverture équilibrée et tout le monde a conscience que la confiance du public est fragile. Nous refusons d’être entraînés dans sa chute", lâchent des salariés de France Inter à nos confrères du Figaro le 2 novembre. Alors qu’il s’était tourné vers la justice suite à l’avertissement de sa direction, Guillaume Meurice finit par avoir gain de cause. Fin avril, il décide suite à sa "victoire" de jouer la carte de la provocation. "Il y a des choses qu’on peut dire. Par exemple, si je dis ‘Netanyahu est une sorte de nazi mais sans prépuce’, c’est bon. Le procureur, il a dit ‘c’est bon’", déclare-t-il dans Le Grand Dimanche Soir. La goutte de trop pour Radio France.
Guillaume Meurice suspendu d’antenne
Après avoir misé sur l’avertissement, la radio passe à la vitesse supérieure et décide de suspendre l’humoriste. "Chères auditrices, chers auditeurs. Pour des raisons indépendantes de ma volonté, je ne participerai pas aux deux prochaines émissions Le Grand dimanche Soir sur France Inter. Pour des raisons dépendantes de la volonté de la direction de Radio France, je suis ‘convoqué à un entretien préalable en vue d’une éventuelle sanction disciplinaire pouvant aller jusqu’à la rupture anticipée de mon contrat à durée déterminée pour faute grave’. Il m’est intimé l’ordre de cesser toute activité professionnelle à Radio France et de ne pas me présenter à mon poste de travail avant le dit entretien. Voilà. Bon bah bisous quand même hein. Hasta la rigolade siempre !", postait-il sur X le 2 mai.
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Guillaume Meurice avait pu compter sur le soutien de certains de ses collègues Charline Vanhoenacker et Waly Dia, qui s’étaient mis en grève. Seulement, la machine semble définitivement mise en marche du côté de France Inter. Le 22 mai, l’humoriste annonce être convoqué à une commission de discipline, le 30 mai. Sur X, il semble assez pessimiste, ou lucide, sur son destin. "Licenciement is coming…", poste-t-il sur le réseau social.
Licencié pour déloyauté répétée
Le mardi 11 juin, le couperet tombe. L’humoriste est renvoyé de France Inter pour "déloyauté répétée", après avoir fait une deuxième fois sa blague polémique sur le Premier ministre israélien. Invitée de Quotidien (TMC), la directrice de la radio a justifié cette décision. "Il n’est pas licencié pour une blague, comme vous l’avez dit. Les motifs de son licenciement ont été exposés par la présidente de Radio France, Sibyle Veil. Il ne s’agit pas d’une blague, il s’agit de l’attitude de Guillaume Meurice à la suite de la blague. Les polémiques ont été alimentées ensuite et quand il y a quelques semaines, il décide de répéter ses propos à l’antenne", explique Adèle Van Reeth le 12 juin. De son côté, Guillaume Meurice ne cache pas son amertume et s’en prend à son ancienne direction. "Aujourd’hui, j’ai le cœur gros. Pas à cause de notre séparation forcée, ni de la manière dont notre histoire se termine. Si je suis si triste, c’est de te laisser ainsi, dirigée par des âmes de si peu de scrupules. De celles qui ont comme boussole leur soif d’obéir, et un tableur Excel à la place du cerveau. De celles qui s’imaginent que tu leur appartiens mais qui t’oublieront sitôt leur mandat terminé pour gérer une autre boîte, benchmarker une start-up ou un ministre", a-t-il posté sur X.
Lettre à France (Inter) pic.twitter.com/RNQKCR0vwG
— Guillaume Meurice (@GMeurice) June 12, 2024
Effet domino chez France Inter
Si France Inter pensait clore l’affaire avec ce renvoi, il n’en a rien été. Suite à l’annonce du licenciement de Guillaume Meurice, plusieurs humoristes officiant dans la radio ont pris la décision de plier bagages. C’est le cas notamment de Thomas VDB ou d’Aymeric Lompret, qui ont rapidement pris la parole sur les réseaux sociaux pour annoncer leurs départs. Charline Vanhoenacke a elle déploré le choix de France Inter : "En congédiant Guillaume Meurice, Radio France nous prive d’un humoriste talentueux et intègre, doué et cohérent avec les valeurs véhiculées dans ses chroniques. Et me voilà privée de mon complice historique, d’un collègue investi, d’un camarade attentionné (…) Je prends acte que celui qui a fait honneur au service public est aujourd’hui remercié. Le bouffon congédié, plusieurs de mes camarades ayant démissionné, ma troupe amputée, il faudra une fois encore m’adapter", a-t-elle écrit.
Contrairement à ce qui a été annoncé je n’animerai finalement pas « Qui veut gagner la Flûte à bec » cet été et quitte naturellement France Inter après 16 ans.
— Thomas VDB (@TheThomasVDB) June 12, 2024
Plus Guillaume = plus Aymeric.
Merci pour tout @franceinter.
Maintenant je m’en vais dépenser l’argent des français. pic.twitter.com/S1ywW8gl1c— Aymeric Lompret (@Aymericlompret) June 11, 2024
Celui qui fait honneur au service public est remercié. pic.twitter.com/wZ122qYmqG
— CharlineVanhoenacker (@Charlineaparis) June 12, 2024