Ce samedi 16 septembre 2023, Muriel Robin a affirmé ans Quelle Époque ! sur France 2 n’avoir reçu que huit propositions de comédies au cinéma "en 30 ans" car elle est homosexuelle. Sur le plateau et dans les médias, cette déclaration a été nuancée par plusieurs personnes dont Pierre Arditi et Dominique Besnehard. Pourtant, un autre argument de Muriel Robin est difficilement contestable. Selon l’actrice, aucun acteur "dans le monde" n’a "fait une grande carrière" au cinéma après avoir révélé son homosexualité. Et il faut bien avouer que les exceptions sont très rares. Bien que la nouvelle génération d’acteurs risque d’être beaucoup moins confrontée à cette injustice, les choses n’avancent pas autant qu’un aimerait le croire.
Dans la nouvelle enquête du Parisien à ce sujet, de nombreux témoignages démontrent que l’homosexualité reste un tabou dans le septième art en France. D’ailleurs, seuls quelques noms viennent en tête lorsque l’on cherche des exceptions : Vincent Dedienne, Nicolas Maury, Emmanuel Moire, Adèle Haenel ainsi que Charles Berling et Lambert Wilson qui ont évoqué leur bisexualité. Les autres se taisent, comme l’affirme un comédien âgé d’une trentaine d’années : "Je suis totalement d’accord avec ce que dit Muriel Robin. (…) Je ne parle pas de mon homosexualité parce que je sais que ça me fermerait des portes. Une chaîne, un producteur ou un diffuseur ne te confiera pas une romance ou ne te donnera pas le rôle d’un père qui va sauver sa fille si tu t’affiches comme gay. Beaucoup d’acteurs se taisent pour ne pas se griller".
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"Dans un casting, je ne parlerais jamais de mon copain, j’aurais peur de n’avoir plus que des rôles d’homos", confirme un autre acteur de 37 ans. "On est toujours à l’époque de Rock Hudson", regrette le réalisateur des Crevettes pailletées, Cédric Le Gallo. L’acteur américain n’a en effet révélé son homosexualité qu’à l’âge de 60 ans. En France, seuls 5% des personnages fictifs sont LGBT d’après une étude du collectif 50/50. Les comédiens homosexuels craignent donc que 95% leur passent sous le nez. Un producteur reconnaît d’ailleurs dans Le Parisien avoir hésiter à offrir un premier rôle hétéro à un acteur secrètement gay : "On a tendance à faire l’amalgame entre un comédien et son rôle. On craint qu’un acteur ne soit pas crédible dans un personnage éloigné de lui, que le public ait du mal à le projeter dans le rôle… En voyant Muriel Robin samedi, j’ai réalisé qu’elle avait malheureusement raison : cet amalgame entraîne sûrement une autocensure chez certains comédiens gays".
De son côté, la réalisatrice du documentaire Homos en France, Aurélia Perreau, déclare ne pas avoir pu interviewer certains acteurs et certaines actrices gay : "On a constaté que c’était toujours tabou, dans le milieu du cinéma, de témoigner de son homosexualité". Selon le journaliste cinéma de Têtu, Franck Madureira, beaucoup refusent de donner des interviews car ils "ne veulent pas se retrouver piégés dans une image gay". La solution pour régler tous ces problèmes ? "Il faudrait que des acteurs connus fassent leur coming out. Muriel a jeté un pavé dans la mare", propose un professionnel du cinéma. Un avis partagé par le réalisateur Cédric Gallo qui prend l’exemple du coming out collectif pour faire bouger les lignes, comme en Allemagne où 185 actrices et acteurs ont révélé être LGBT dans une tribune publiée en 2021. "Muriel Robin a ouvert une brèche dans laquelle il faut maintenant s’engouffrer. L’industrie doit comprendre qu’un acteur peut tout jouer, c’est le principe même de ce métier", rappelle Franck Madureira. Mais il faut aussi que le cinéma populaire "raconte des histoires beaucoup plus ouvertes et en phase avec la société actuelle", affirme la fondatrice de l’agence artistique L’Ameprésario, Christelle Graillot.