En 1966, après votre premier divertissement, la productrice Michèle Arnaud vous reproche d’être trop provincial, sans culture ni vocabulaire. Pas très encourageante…
Michel Drucker. C’était une vraie peau de vache, mais elle m’a appris mon métier et je lui dois tout. À l’issue de l’émission, devant Johnny et Sylvie Vartan, elle m’a dit : "Drucker, rappelez-moi de vous acheter un dictionnaire de synonymes, à Noël !"
On a toujours dit que vous étiez un animateur gentil. Certains vous traitent même de cireur de pompes… Êtes-vous blessé ?
Quand certains disent : "On va aller se faire cirer les pompes chez Drucker", cela me fait de la peine. Ils font leur promo sur mon canapé et, une fois partis, disent du mal de l’émission. Ils sont peu nombreux, heureusement. Je suis dans la bienveillance, car cela me correspond. Quand j’étais gamin, on disait toujours de moi : "Il est indiscipliné, il ne fout rien, mais il a bon fond."
À lire également
“Je ne suis pas un saint” : Michel Drucker se confie en toute franchise sur ses infidélités
"Mon seul luxe, c’est…" : Les confidences de Michel Drucker sur son rapport à l’argent
Vous êtes également blessé par les artistes qui boudent votre émission…
Oui, certains oublient que j’ai lancé leur carrière, mais c’est le jeu. J’ai un public de seniors, je ne suis plus un jeune homme. Aller en priorité au 20 heures de Laurent Delahousse me paraît naturel. Ce qui m’énerve, ce sont les attachés de presse qui me disent que l’artiste ne peut pas venir chez moi parce qu’il n’est pas à Paris, alors que je l’ai vu, la veille, chez Léa Salamé !
Vous abordez un sujet tabou : l’argent. Vous gagnez confortablement votre vie, et pourtant vous n’avez pas de goûts de luxe… Pourquoi ?
Cela tient à mon éducation. Mon père était un petit médecin de campagne. On ne roulait pas sur l’or, il nous a appris à travailler dur et à avoir un rapport très simple à l’argent. Ma femme, issue d’un milieu modeste, m’a aussi appris qu’il fallait toujours avoir en réserve une année d’avance d’impôts ! J’ai réalisé le rêve de beaucoup de Français : avoir un appartement, et une maison au soleil. Mon seul luxe, c’est mon diplôme de pilote d’hélicoptère !
À lire également
Vous avez toujours eu une hygiène de vie stricte… Ne regrettez-vous pas certaines de vos privations ?
Non, car la télévision est une drogue dure, et pour exercer longtemps ce métier, il faut s’y préparer : je n’ai jamais fumé ni picolé, je suis marié depuis cinquante-trois ans. C’est pour cela que mon corps a résisté à deux opérations à cœur ouvert (en 2020 et en 2023, ndlr). À chaque fois, j’ai vraiment cru que je ne m’en sortirais pas. Ce qui m’a fait tenir, c’est ma famille… et mes patrons, qui m’ont promis de m’attendre le temps qu’il faudrait.
Michel Drucker évoque la fin de sa carrière
Dans votre livre, vous laissez entendre que vous arrêterez la télé dans un an ou deux…
Oui, on verra. Cela dépend de mes patrons et du public, dont la fidélité me bouleverse. Être suivi par plus d’un million de téléspectateurs, au bout de soixante ans de carrière, me paraît miraculeux.
Allez-vous reprendre votre one-man show ?
C’est mon souhait le plus cher. Je compte bien remonter sur scène en 2026 ou 2027, chez moi, au Studio Gabriel, en continuant la télé.