« On se passe le mot entre femmes du milieu » : Flore Benguigui dénonce les violences dans la musique

Publié le 17 janvier 2025 à 10:59
Ampilhac Mireille/ABACA
Après avoir quitté le groupe L'Impératrice en novembre pour sa santé mentale, la chanteuse a été entendue par la commission d'enquête sur les violences faites aux femmes dans la culture.

Ce jeudi matin, la commission d’enquête à l’Assemblée Nationale sur les violences commises dans le secteur de la culture a entendu plusieurs femmes dont la chanteuse Flore Benguigui qui a quitté son groupe L’Impératrice en novembre dernier. Seule femme du groupe, elle accusait ses collègues de violences psychologiques, entre autres.

Flore Benguigui mal traitée dans le groupe L’Impératrice

Hier, l’artiste a dénoncé la "surreprésentation masculine" dans la musique qui met les femmes "en concurrence entre elles, insécurisées, et pensent qu’elles ne méritent pas d’être là". "Pourquoi changer quand on peut pousser les gens à bout et les remplacer en deux secondes, une fois qu’on en a tiré tout ce qu’on voulait ?", interroge celle qui a été remplacée en quelques semaines dans L’Impératrice, alors qu’elle écrivait toutes les paroles et mélodies. "Toute ma carrière, des gens qui ne sont pas chanteurs m’ont donné des leçons sur comment utiliser et travailler ma voix, sans y connaître grand-chose et toujours avec beaucoup de condescendance", ajoute Flore Benguigui, qui affirmait en novembre quitter son groupe pour sauver sa santé mentale. Un sujet exclusivement abordé par les femmes dans le milieu musical selon elle : "Dans l’industrie, ces femmes-là sont blacklistées".

La musique : un environnement "favorable aux agressions"

La chanteuse a également été victime de harcèlement sexuel, étant notamment "menacée physiquement" par un membre de L’Impératrice amoureux d’elle. Un ami du groupe a même frappé à sa porte de chambre d’hôtel en multipliant les faveurs sexuelles. Le groupe a continué de le convier en backstage "car ‘ce n’est pas de sa faute s’il est amoureux’, sous-entendu c’est de la mienne. (…) Le leader de L’Impératrice m’a dit qu’il y avait toujours besoin, selon lui, d’une tension sexuelle entre les chanteuses et leurs producteurs / musiciens. Le leader d’un ancien groupe m’avait aussi viré en me disant ‘Je m’en fiche de comment tu chantes, tout ce qui m’intéresse c’est que tout le monde ait envie de te baiser". D’après Flore Benguigui, les garçons de son groupe insistaient pour avoir de l’alcool fort dans leur loge même le midi. "Un environnement masculin avec des horaires de nuit et des gens qui se croient tout permis (…) créé un terrain favorable aux agressions. (…) Je peux compter sur les doigts d’une seule main, et ils se reconnaîtront, les hommes venus me dire ‘Je ne veux plus faire partie de ce système’ et qui ont pris le risque d’agir vraiment. On se passe le mot entre les femmes du milieu pour éviter tous ceux que tout le monde sait dangereux et indéboulonnables. Les femmes sont très nombreuses à quitter cette industrie (…) masculine plus soudée que jamais, les femmes préfèrent se taire et sauver leur peau, et je les comprends", dénonce la jeune femme.

Par
Hugo Mallais