Lomepal accusé de viol : “Grosse mytho, t’es une p*te”, deux nouvelles femmes témoignent contre le rappeur

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:28
Reynaud Julien/APS-Medias/ABACA
Accusé de viol par plusieurs femmes pour des faits présumés entre 2016 et 2018, Lomepal fait face à des témoignages glaçants recueillis par Libération. Audrey, Raphaëlle, Miranda Starcevic et Marie racontent des scènes marquées par la peur, le non-consentement et la sidération…

Lomepal a récemment vu les accusations de viol qui pesaient sur lui classées sans suite. Visé par trois plaintes déposées entre août 2023 et mai 2024, l’artiste avait fait l’objet d’une enquête pour viols. En janvier dernier, après plusieurs mois d’investigations, le tribunal a annoncé la fin des poursuites, selon l’AFP. Quelques heures après cette décision, le rappeur avait pris la parole sur Instagram pour livrer sa réaction. 

Lomepal prend la parole

"Des choses graves ont été racontées. Elles n’ont pas été déformées ou exagérées, elles ne sont juste pas arrivées du tout", a-t-il affirmé, expliquant avoir tout remis aux enquêteurs. "Des messages, des photos, des relevés d’appel, des screens sur les réseaux sociaux… Toute ma vie a été fouillée", a-t-il ajouté. L’artiste a également rappelé que l’enquête avait été menée en profondeur : "Des gens dans un commissariat ont passé plus d’un an sur [mon] affaire, ont interrogé tout le monde et regardé les preuves". S’il sait que certains ne croiront peut-être pas sa version, il se dit prêt à tourner la page. "À bientôt", avait-il conclu.

Des nouveaux témoignages contre le rappeur

Dans une enquête fouillée publiée par  Libération, ce vendredi 17 octobre, plusieurs femmes livrent des témoignages bouleversants contre Lomepal, qu’elles accusent de violences sexuelles entre 2016 et 2018. Leurs récits, recueillis sur plusieurs mois, témoignent d’une peur commune, celle de parler face à un homme célèbre et de subir le poids de son aura médiatique. "Si ce n’était pas un mec célèbre, j’en aurais parlé beaucoup plus vite", confie Audrey, 28 ans, en évoquant une nuit d’automne 2018. Elle raconte avoir ouvert sa porte au rappeur après une soirée en boîte : "Je le rembarre une ou deux fois, lui dis ne pas vouloir aller plus loin… Il continue".

Elle décrit un rapport subi et conclut en rappelant la phrase qui l’a marquée durablement : "Il m’a regardé avec dédain et a craché : ‘Tu savais très bien qui j’étais, grosse mytho, t’es une pute’", avant de partir. Raphaëlle, elle aussi, s’est longtemps tue. "Je me levais tous les jours avec la certitude d’être une menteuse", raconte-t-elle. Une soirée de 2018 lui revient en mémoire comme une scène figée : "Il s’est jeté sur moi pour m’embrasser. Tout mon corps s’est mis à trembler, j’ai commencé à claquer des dents de façon incontrôlable". La réponse du rappeur l’a glacée : "C’est normal, tu es juste stressée parce que je suis connu, j’ai l’habitude". "En l’entendant balayer ma détresse, je me suis éteinte. Mon cerveau a déconnecté, je me suis tue et j’ai laissé faire", dit-elle aujourd’hui.

Une violence inouïe…

Miranda Starcevic, la première à avoir porté plainte, décrit un rapport sexuel qui a rapidement viré à la violence à New York. "Il m’a retournée et il est devenu beaucoup plus violent", explique-t-elle. "J’ai commencé à avoir peur. Il m’a agrippé les cheveux, m’a étranglée et m’a mis un poing dans la bouche. Je répétais ‘stop’ et ‘non’", s’est-elle souvenue. Elle dit avoir fixé la couette, incapable de bouger, jusqu’à la fin de l’agression… Quelques heures plus tard, seule, elle se lave compulsivement, incapable de comprendre ce qui vient de se produire.

Marie, la troisième plaignante, raconte quant à elle une nuit de janvier 2017, au domicile du rappeur. Réveillée en pleine nuit, elle découvre qu’il a entamé une pénétration anale sans son consentement. "J’ai tenté de le repousser, j’ai dit ‘non’, ‘stop’, ‘arrête’ à plusieurs reprises, il ne répondait pas. Je ne pouvais pas bouger, j’ai compris qu’il était plus fort que moi et qu’il n’arrêterait pas", confie-t-elle. Après l’acte, elle se souvient de son rire : "On sait très bien ce que ça veut dire quand vous dites non". D’autres femmes, contactées par Libération, n’ont pas déposé plainte mais évoquent des gestes déplacés et un climat de peur.

Deux plaignantes se constituent partie civile

Certaines travaillent dans le même milieu que le rappeur et craignent de perdre leur emploi. Audrey explique ainsi : "Je sais que je ne suis pas assez forte psychologiquement pour survivre au cyberharcèlement". Malgré la décision de classer sans suite les premières plaintes, deux plaignantes, Miranda Starcevic et Marie, ont décidé de se constituer partie civile pour relancer la procédure.

"On n’a rien à gagner dans cette affaire : ce processus coûte du temps, de l’énergie et beaucoup d’argent. Mais je refuse de céder, car je sais que je dis la vérité et qu’il le sait aussi", a indiqué Marie. Raphaëlle, elle, a choisi de ne pas poursuivre, épuisée par la lenteur et la dureté de la machine judiciaire. "Le processus judiciaire est si long et pénible que certaines plaignantes préfèrent ne pas poursuivre", souligne son avocat. 

Par
Kahina Boudjidj