"C’est très difficile de parler". Après avoir gardé le silence pendant des années sur ce qu’il a vécu, Gwendal Marimoutou a décidé de lever le voile sur son histoire dans un témoignage touchant publié dans Libération. Le chanteur, passé en 2009 dans La France a un incroyable talent puis en 2014 dans The Voice, s’est confié sur les violences sexuelles que lui aurait fait subir Stéphane Métro, un homme bien connu du monde des comédies musicales.
Interprète du Prince de Vérone dans Roméo et Juliette de Gérard Presgurvic ou encore du Comte Von Krolock dans le Bal des vampires de Roman Polanski, ce dernier a aussi officié comme artiste dans un célèbre parc d’attractions mais aussi dans les coulisses de The Voice et La France a un incroyable talent ou encore comme prof à la réputée Aicom (Académie internationale de comédie musicale). C’est d’ailleurs là que Gwendal Marimoutou affirme avoir croisé sa route. "Stéphane Métro était l’un des profs de chant. Il avait le projet de monter un spectacle avec uniquement des enfants. J’allais chez lui pour répéter, avec d’autres ados comme moi", raconte-t-il en précisant que son prof avait proposé qu’il reste dormir certains soirs pour que les trajets soient plus simples pour celui qui n’avait alors que 14 ans et demi.
La première agression aurait eu lieu un soir alors qu’ils regardaient ensemble la comédie Roméo et Juliette dans le salon du prof. "Il éteint les lumières et ça commence. Machinal, rapide. Il sort de la pièce pour se rhabiller. Et je me retrouve seul, un peu paumé. A chaque fois, ça s’est passé comme ça", détaille-t-il en affirmant que les faits se sont reproduits pendant 8 à 9 mois. C’est en recevant un message de son prof à deux heures du matin, ce qui a intrigué sa mère, que le chanteur a tout raconté à cette dernière. Affirmant avoir dissuadé sa mère de faire "un scandale" à l’école dans laquelle il étudiait, il raconte avoir gardé le silence car le "spectacle était son rêve" et car son agresseur présumé "était si important dans le milieu de la comédie musicale".
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Pour oublier son traumatisme, Gwendal Marimoutu, qui joue aujourd’hui Simba la comédie musicale Le Roi Lion, a tout fait, pendant 10 ans, pour que son "cerveau n’ait pas le temps de réfléchir". Mais en 2017, il est contacté par un proche de Stéphane Métro qui lui annonce l’ouverture d’une enquête pour des faits sur mineurs et qui le prévient qu’il risque lui aussi d’être entendu par la police. Il lui demande d’ailleurs de le défendre lors de son audition. "En 2017, j’étais dans le déni, la peur panique que ça se sache. D’être tourné en dérision à mon tour : double peine. Aussi parce que je me sentais une responsabilité. Ce sentiment que peut-être mon comportement avait été ambigu. Je pensais qu’il était amoureux et pris dans des moments d’égarement. La culpabilité aussi de ne pas avoir su le raisonner ».
Son audition à la brigade des mineurs est un électrochoc. Il prend conscience de ce qu’il a vécu de le part de celui qu’il décrit comme un "manipulateur" avec un "côté prédateur" et une "emprise" sur les plus jeunes. "La pédocriminalité, on a l’image d’un pervers, vieux, dégoûtant alors qu’en fait, ce n’est pas du tout ça (…) Il répétait : « Pense au plaisir », « ces moments sont importants », « ce sont des instants de vie qu’il faut vivre », « tu as le droit ». Le choc quand les policiers m’ont expliqué qu’il envoyait les mêmes messages à d’autres, à des très jeunes filles, à la même période !"
Si Gwendal Marimoutou parle aujourd’hui, c’est car il veut "dépasser la crainte de s’exposer". "J’ai plus à perdre qu’à y gagner pour ma carrière", reconnaît-il en confiant sa colère de voir son agresseur présumé encore sur scène. Il lance aussi un appel à tous les enfants pour qu’ils n’aient "pas peur de parler".
Déjà condamné en 1996 à 18 mois de prison avec sursis pour "atteinte sexuelle avec violence, contrainte, menace, surprise", l’agresseur présumé de Gwendal Marimoutou sera de nouveau présenté devant la justice demain. Il est accusé "d’atteintes sexuelles sur mineur par personne ayant autorité"..
Clara Kolodny