Dans la tourmente, Bruno Martini livre sa version des faits. Le 25 janvier dernier, celui qui dirigeait depuis 2021 la Ligue nationale de handball a été condamné par le tribunal judiciaire de Paris à un an de prison avec sursis, à une amende délictuelle de 2 500 € et à cinq ans d’interdiction d’exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs pour "corruption de mineur de plus de 15 ans, acquisition et détention de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique". Dans un long entretien publié dans le journal L’Équipe ce mardi 21 mars, l’ancien gardien de but est sorti du silence : "Si on regarde froidement la situation, les gens retiennent quoi ? Corruption d’un mineur de 13 ans, détention d’images pédopornographiques et plaider-coupable." "N’est-ce pas la vérité ?", relance le journaliste Bernard Lions, auteur de l’interview. "Que le gamin avait 13 ans, c’est incontestable", confesse Martini. "Mais je ne le savais pas. Ça, c’est le premier point. Ensuite, concernant les images, la police a mené une enquête de deux ans et demi. Elle est venue perquisitionner mon domicile parisien, le 23 janvier, ainsi que mon ancien domicile dans l’Hérault, où vivent mon ex-femme et ma fille. Les policiers ont récupéré des ordinateurs, là depuis une bonne dizaine d’années, des téléphones, des clés USB… Et ils n’ont rien trouvé. Évidemment. Je ne suis pas… (il s’arrête) un pédophile. J’ai l’impression de le dire comme une justification. Mais c’est la vérité. Froid ou calculateur, je ne sais pas faire. De plus, les images pour lesquelles j’ai été condamné ont été retrouvées sur le smartphone du gamin. Je le répète : je pensais qu’il s’agissait d’un jeune adulte."
Par la suite, Bruno Martini a sous-entendu avoir des traumatismes liés à son passé : "Intrinsèquement, je suis incapable de supporter la souffrance des enfants, en vrai ou à la télévision, quand on parle d’inceste. De par mon histoire personnelle, aussi. J’ai vécu des choses compliquées." Sans pour autant en dire plus : "Ce n’est pas lié à l’affaire", se justifie-t-il. "Ce que j’ai vécu me permet d’autant plus de ressentir la souffrance des enfants. Qu’on parle d’inceste ou de toute autre forme de souffrance. Ceux qui évoluent dans un milieu pas structuré peuvent en souffrir. Cela peut expliquer par la suite certains comportements. Pas les excuser."
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"En 2019-2020, j’ai traversé les pires moments de ma vie, en termes de dépression", poursuit Bruno Martini. "Le Covid m’a encore plus renfermé sur moi-même. Durant le confinement, j’ai vécu seul, à Paris. Je suis allé sur un réseau social en prenant un pseudonyme et je me suis inscrit sur tous les sites de rencontres qui existent. Plus rien n’avait de sens. J’aurais pu sombrer dans la violence, l’alcool ou la drogue. (…) Pour moi, le sexe a été un prétexte. Pas une finalité. J’ai fait des choses qui ne sont pas moi. Alors que je suis hétérosexuel, je me suis livré à des expériences homosexuelles." Le double champion du monde a tenu à insister sur le fait qu’il n’est pas un prédateur sexuel attiré par les mineurs : "Si j’en étais un, je serais allé sur TikTok, là où sont les jeunes et vont les pédophiles, comme me l’a expliqué un policier de la brigade des mœurs. Pas sur Snapchat, où il y a beaucoup d’adultes. C’est là, sur Snapchat, que le gamin m’a contacté, vers la fin de cette période (mai-juin 2020). Je ne suis pas allé le chercher."
Pour les faits pour lesquels il a été condamné, Bruno Martini assure qu’il ne savait pas qu’il échangeait avec un adolescent de 13 ans : "On a échangé des photos de nu, sur lesquelles il m’a montré des parties de son visage, pas son visage entier. L’officier de police judiciaire a reconnu que sur les photos, il paraissait être un jeune adulte." L’ex-dirigeant a donc été stupéfait lorsqu’il a appris l’âge de son interlocuteur : "Quand j’ai découvert que celui que je pensais être un jeune adulte était en fait un gamin de 13 ans, j’ai été sidéré. Puis, j’ai eu honte. Tellement honte. (…) Je vais devoir vivre avec cette culpabilité et cette honte d’avoir fait vivre ça à ma famille. Cela restera avec moi, en moi. Ressentir cette culpabilité m’a amené à ce plaider-coupable, qui est un suicide social. J’aurais pu me suicider physiquement. Je ne sais pas ce qui est le mieux, finalement. Ce qui est sûr, c’est que ma vie s’est arrêtée le 23 janvier 2023."
N.O