Ce mardi 13 mai, au tribunal fédéral de Manhattan, Cassie Ventura a pris la parole pour livrer un témoignage accablant contre Sean "Diddy" Combs dans le cadre de son procès pour violences et traite sexuelle. Enceinte de huit mois, l’artiste de 37 ans s’est avancée lentement vers la barre, les mains posées sur son ventre, le visage grave. Dans la salle d’audience, son mari Alex Fine, ainsi que son frère et sa cousine, l’accompagnaient du regard. Une atmosphère lourde régnait, tandis que Sean Combs, 55 ans, semblait tendu sur le banc des accusés. Ses filles étaient également présentes, l’une d’elles lui adressant un cœur formé avec ses mains. Un geste auquel il a répondu en silence.
À lire également
Cassie Ventura a témoigné pendant 5 heures
Pendant plus de cinq heures, Cassie Ventura a relaté avec un calme glaçant ce qu’elle décrit comme une emprise et des abus prolongés sur plus d’une décennie. Le Parisien rapporte qu’elle a déclaré : "Il m’a filmée, droguée, humiliée". Elle avait 19 ans lorsqu’elle a rencontré Diddy en 2006, après avoir signé avec son label Bad Boy Records. "Il avait ma carrière entre ses mains", a-t-elle expliqué, évoquant une dépendance économique, affective et artistique. Elle décrit un contrôle total : "Il décidait de tout, de ma coiffure, de ma manucure, des gens que je pouvais fréquenter".
En août 2007, leur relation professionnelle bascule dans l’intime. Un soir, à Las Vegas, alors qu’elle fête ses 21 ans, elle affirme : "Il m’a embrassée dans une salle de bain. J’étais confuse. Je ne voulais pas. Je suis sortie en larmes". La procureure Emily Johnson l’a ensuite interrogée sur les "freak-offs", ces orgies sexuelles déjà évoquées au premier jour du procès. Cassie confirme : "Ce sont des mises en scène sexuelles. Il (Diddy) voulait que je couche avec d’autres hommes pendant qu’il regardait. Il filmait tout. Il donnait des ordres". Elle décrit un système bien rodé avec un recrutement via des sites comme Craigslist, de la consommation de drogues, de la lingerie transparente, des caméras cachées, et des pseudonymes, à savoir Frank White pour Diddy, et Jackie Star pour elle. "Il contrôlait tous les détails de mon apparence", insiste-t-elle.
La chanteuse revient sur sa relation avec P. Diddy
Ces scènes, qui pouvaient durer jusqu’à quatre jours sans sommeil, ont profondément marqué la jeune femme. "Je ne pouvais pas rester sobre. J’avais besoin de me dissocier pour supporter ce que je vivais", affirme-t-elle, évoquant un usage continu de drogues comme la MDMA, la cocaïne ou les champignons hallucinogènes. Elle décrit également les coulisses logistiques : hôtels de luxe comme le Gramercy Park à New York ou le Fontainebleau à Miami, voyages à l’étranger, équipes dédiées à l’organisation. Tout était, dit-elle, "parfaitement organisé. C’était une structure".
Lors de l’audience, la vidéo de vidéosurveillance de l’hôtel InterContinental de Los Angeles a été diffusée. On y voit Cassie fuir une chambre, pieds nus, poursuivie par Combs. Elle confirme : "Il m’a frappée au visage. J’ai pris mes affaires pendant qu’il était sous la douche. J’ai couru. Mais il a réussi à me rattraper". Elle évoque aussi les sanctions lorsqu’elle osait s’opposer : confiscation de voiture, coupure de comptes, retrait de ses bijoux. Et de conclure sur le fonctionnement de leur relation : "Je devais faire ce qu’il voulait, sinon il m’ignorait. Ou il devenait violent". Son avocat, Douglas Wigdor, a salué son courage à la sortie de l’audience : "Je suis extrêmement fier d’elle. Elle a tenu bon. C’est au jury de décider. Mais nous sommes confiants". Le contre-interrogatoire par la défense de Sean Combs doit débuter ce mercredi 14 mai.