Affaire Jegou-Auradou : Un nouveau rapport dénonce des dérives lors de l’interrogatoire de la plaignante

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 17:36
Icon Sport/ABACA
C'est une affaire qui continue de faire couler beaucoup d'encre. Depuis juillet dernier, les deux rugbymen français Hugo Ouradou et Oscar Jegou sont accusés par une Argentine de viol et violences. Un nouveau rapport concernant la plaignante risque de changer la donne. 

Toujours mis en examen par la justice argentine, Oscar Jegou et Hugo Auradou ont regagné la France le 4 septembre dernier après 58 jours de détention. En juillet dernier, une Argentine de 39 ans a accusé les deux rugbymen français de viol, des dénonciations que les deux joueurs ont toujours niées, reconnaissant néanmoins avoir eu des rapports sexuels consentis avec la victime présumée. Jeudi 26 septembre, Le Parisien a révélé que selon un nouveau rapport psychologique et psychiatrique, les récits des faits vécus par Soledad sont jugés "crédibles". Ce rapport, établi par une spécialiste citée par les avocats de la plaignante, contredit les résultats consignés dans le rapport officiel signé par quatre experts, deux du parquet et deux des avocats des joueurs, qui a été versé au dossier mardi 24 septembre dernier et selon lequel le récit de la victime présumée serait "invraisemblable et non crédible" car parsemé de "contradictions", de "descriptions vagues" et d’"omissions volontaires"

L’agressivité lors des interrogatoires de la plaignante mis en cause 

D’après les informations de nos confrères, les conclusions de ce nouveau rapport de douze pages indique que "le portrait psychologique de la plaignante correspond à celui d’une victime de violences sexuelles". "L’experte, qui n’a pas participé aux évaluations mais a eu accès au dossier médical complet à partir du 29 août et a pris part aux délibérations des résultats, est catégorique : ‘Ses récits répétés des faits vécus sont crédibles’", peut-on lire. Cette experte regrette notamment "l’absence de perspective de genre" de ses confrères, et leur reproche le ton "inquisiteur et stigmatisant" qu’ils ont eu lors de leurs entretiens avec la plaignante. "Selon la spécialiste, qui a pu visionner ces échanges filmés, l’entrevue finit par ressembler à ‘un interrogatoire agressif typique d’une enquête policière’", rapporte Le Parisien.

La victime présumée lésée par l’expertise ?

Aussi, l’experte a dénoncé le fait que la victime présumée soit "interpellée de manière violente par un expert de la défense" et qu’on lui pose des questions "qui devraient être posées aux agresseurs". Elle pointe aussi du doigt le fait que les experts "insistent sur le moment où [la plaignante] a pris conscience d’avoir été victime de violence sexuelle, écartant la question de savoir si elle a donné ou non son consentement" aux actes qu’elle dénonce.

Puis de préciser que "la simple évaluation clinique n’est pas suffisante pour apprécier, quantifier et mesurer le développement mental" de l’Argentine de 39 ans, chez qui elle a observé "des difficultés marquées dans l’expression verbale, des silences prolongés, des tics de langage, une fluidité par moments affectée" face au corps médical. Enfin, et ce toujours ce rapport, "analyser, évaluer et lister des traits psychologiques, émotionnels et comportementaux de la personnalité de base d’une femme déposant plainte pour des violences sexuelles porte atteinte aux principes de protection des droits humains établis au niveau international". Comme le rapporte Le Parisien, "d’après German Hnatow, qui représente les deux accusés, ce nouveau rapport d’expertises ‘a très peu de poids comparé au rapport officiel’ et le récit de la plaignante ‘n’est étayé par aucune preuve scientifique, ce qui le rend non crédible’". Affaire à suivre. 

Par
Kahina Boudjidj