Dans la nuit du 6 au 7 juillet, dans la chambre 603 de l’hôtel Diplomatic de Mendoza, à 1000 km de Buenos Aires où le XV de France venait de jouer un match contre l’Argentine, Hugo Auradou et Oscar Jegou ont eu une relation sexuelle avec une femme qui les accuse de viol et d’avoir fait preuve d’"une violence terrible". Les deux sportifs nient catégoriquement depuis presque deux mois maintenant et la bataille juridique a connu un tournant de taille hier, mardi 3 septembre. Alors qu’ils ont été placés en détention provisoire, puis libérés sous bracelet électronique avec interdiction de quitter le territoire argentin, Natacha Romano et Mauricio Cardello, leurs avocats ont demandé à la justice à plusieurs reprises à ce que leurs clients soient autorisés à rentrer en France. Mardi 27 août dernier, ils avaient même demandé à ce qu’un non-lieu soit prononcé dans cette affaire dans laquelle les deux jeunes hommes de 21 ans sont toujours mis en examen, depuis le 12 juillet, pour viol aggravé en réunion.
Hugo Auradou et Oscar Jegou de retour en France
Natacha Romano et Mauricio Cardello ont demandé la récusation de Darío Nora, le procureur en charge de l’instruction, et Daniela Chaler, la magistrate à la tête de l’Unité des délits contre l’intégrité sexuelle en regrettant la prétendue "violence morale" et le "manque d’objectivité" des magistrats. "L’hypothèse alléguée, c’est-à-dire la perte d’objectivité des magistrats impliqués, n’a pas été prouvée", s’est justifié le procureur adjoint Gonzalo Nazar suite au rejet de cette demande. Cela dit, une autre requête à elle été acceptée, soit celle de l’autorisation des deux sportifs à pouvoir quitter le territoire argentin et rentrer en France.
"C’est un film d’horreur qui n’aurait jamais dû exister. Cela n’aurait jamais dû arriver, aucune plainte n’aurait dû être déposée", a notamment déclaré Me Cuneo Libarona. C’est mardi 3 septembre, lors d’une audience en leur absence, que le tribunal de Mendoza a décidé de donner son feu vert. Quelques heures seulement après l’annonce de cette décision, La Fédération française de rugby a, de son côté, salué "avec satisfaction" ce retour considéré comme une "nouvelle avancée vers la vérité judiciaire des faits".
La plaignante témoigne
La victime présumée a pris la parole et un extrait d’une émission d’Envoyé Spécial a été dévoilé mardi 3 septembre, alors que la diffusion dans son intégralité est prévue pour le 12 de ce mois. La plaignante de 39 ans a confié avoir rencontré Hugo Auradou dans une boîte de nuit de la ville de Mendoza. "Quand il m’a proposé d’aller boire quelque chose dans son hôtel, j’ai dit oui", a-t-elle commence par raconter dans des messages vocaux envoyés aux journalistes d’Envoyé Spécial.
Et d’expliquer qu’une fois arrivée dans la chambre d’hôtel, elle aurait émis le souhait de partir, en vain. "[Hugo Auradou] m’a attrapé le cou. Il m’a mise sur le lit. Il m’a déshabillée comme une brute. Il m’a tirée hors du lit alors que j’étais nue et il m’a soulevée par le cou, à tel point que je n’avais plus d’oxygène. J’ai essayé de réagir en le giflant. Au lieu de l’arrêter, cette gifle l’a incité à continuer", a-t-elle assuré. Puis de poursuivre sur le fait qu’Oscar Jegou est ensuite entré dans la chambre et qu’il a également "abusé" d’elle. "A ce moment-là, j’étais aphone. Je ne pouvais pas crier car j’avais les cordes vocales abîmées. Le blond m’a abusé sexuellement une fois. C’était sans préservatif", a-t-elle précisé.
Des conditions à respecter
S’ils ont obtenu l’autorisation de rentrer en France, les deux rugbymen devront notamment "se présenter s’ils sont convoqués au consulat d’Argentine en France", être disponible en visio "aussi souvent qu’il en soit requis", voire revenir "se présenter à Mendoza (à 1000km de Buenos Aires) si ceci leur est demandé", a indiqué le porte-parole de la justice provinciale de Mendoza. C’est via un communiqué que l’annonce avait été confirmée : "Au cours de l’audience d’aujourd’hui au Tribunal pénal, le départ du pays des deux citoyens français n’a pas fait l’objet d’une discussion dans ce domaine, et le ministère public ne s’est pas opposé à la décision du procureur adjoint chargé des affaires pénales, de sorte que la résolution est ferme et qu’ils peuvent quitter le pays à partir de maintenant". Affaire à suivre…