Un an et demi après avoir quitté le micro de France Inter, Guillaume Meurice se retrouve devant les prud’hommes de Paris. L’humoriste de 44 ans conteste son licenciement pour "faute grave", prononcé en juin 2024 par Radio France, après avoir qualifié pour la deuxième fois Benyamin Nétanyahou de "nazi sans prépuce". Une formule qui a provoqué une onde de choc dans les couloirs de la Maison de la Radio comme dans le débat public sur les limites de la satire.
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Une blague devenue affaire d’État
L’humoriste, marqué à gauche, avait déjà été sanctionné une première fois en novembre 2023 pour un sketch dans lequel il suggérait un "déguisement" de Benyamin Nétanyahou, "sorte de nazi mais sans prépuce". Ces propos, prononcés quelques semaines après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et le début des bombardements à Gaza, lui ont immédiatement valu des accusations d’antisémitisme et une mise en garde de l’Arcom adressée à Radio France.
Guillaume Meurice a même été entendu par la police dans une enquête pour provocation à la haine, finalement classée sans suite, "faute d’infraction suffisamment caractérisée". Estimant ce feu vert judiciaire suffisant, il a répété la blague à l’antenne en avril 2024 et cette récidive a marqué un tournant puisqu’il a été suspendu, puis évincé…
Radio France se défend
C’est en juin dernier que Sibyle Veil, présidente de Radio France, a signé son licenciement expliquant dans un mail interne que cette sanction intervenait pour "déloyauté répétée à l’égard de l’entreprise". Elle avait rappelé que l’humoriste a "ignoré l’avertissement", ainsi que "la mise en garde de l’Arcom", et qu’en réitérant ses propos, il a outrepassé les limites. Les syndicats de Radio France et une partie de la rédaction avaient dénoncé un "précédent grave" pour la liberté d’expression et plusieurs chroniqueurs avaient annoncé leur départ, avant de rejoindre Guillaume Meurice sur Radio Nova, où il anime depuis septembre 2024 l’émission La Dernière. L’émission de Charline Vanhoenacker, elle, a tout bonnement été supprimée.
Un procès décisif pour la liberté d’expression ?
Guillaume Meurice n’a pas mâché ses mots au moment de son éviction. Pour lui, son licenciement a scellé une "victoire idéologique" de l’extrême droite. "On en rirait volontiers si l’histoire s’arrêtait à mon cas personnel. Mais le projet est global", avait-il alerté sur X, ancien Twitter. Son avocat, Hugues Dauchez, conteste toute faute. Il parle d’"une atteinte à la liberté d’expression" et réclame l’annulation du licenciement.
Il chiffre les demandes d’indemnisation à "plusieurs dizaines de milliers d’euros", mais va plus loin puisqu’il demande la requalification en CDI du lien contractuel avec Radio France. Selon lui, Guillaume Meurice a signé "250 contrats à durée déterminée d’usage (CDDU)" depuis son arrivée en 2012. Une pratique répandue dans l’entreprise, mais qui "semble contraire à la loi". Radio France n’a pas souhaité commenter.