Ziad Rahbani, compositeur et fils de la chanteuse Fairouz, figure majeure de la scène libanaise est mort à 69 ans

Publié le 29 juillet 2025 à 12:30
DW
Pianiste, dramaturge, figure engagée de la gauche libanaise, Ziad Rahbani s’est éteint à Beyrouth le 26 juillet 2025, à l’âge de 69 ans. Fils de la légendaire Fairouz et d’Assi Rahbani, il laisse derrière lui une œuvre monumentale, à la croisée de la musique orientale, du jazz et de la satire politique. Artiste inclassable, voix de la contestation et de la cause palestinienne, il a marqué des générations de Libanais. 

Le Liban est en deuil. L’un de ses artistes les plus brillants, les plus singuliers et les plus engagés s’est éteint samedi 26 juillet 2025 à Beyrouth, à l’âge de 69 ans. Hospitalisé depuis plusieurs jours, Ziad Rahbani, fils de la légendaire chanteuse Fairouz et du compositeur Assi Rahbani, a marqué plus de quatre décennies de la vie culturelle arabe par son talent, son humour corrosif et sa parole libre.

Un prodige nourri à la musique et… à la contestation

Sa disparition a provoqué une onde d’émotion à travers tout le pays, au-delà des clivages politiques, comme l’a rapporté Le Monde, qui salue un "touche-à-tout de génie de la scène culturelle arabe". Pianiste, compositeur, auteur de théâtre et chroniqueur, Ziad Rahbani était une figure centrale du paysage artistique et politique libanais, mêlant jazz, satire sociale et engagement militant dans chacune de ses œuvres. Né le 1er janvier 1956 à Antélias, au nord de Beyrouth, dans une famille modeste devenue mythique, Ziad Rahbani baigne très jeune dans les créations de ses parents, auteurs d’opérettes qui ont redéfini la musique arabe. Il connaît la célébrité dès l’âge de 17 ans, en signant pour sa mère la chanson "Saalouni ennass", soit "Les gens m’ont demandé", écrite alors que son père se remettait d’une hémorragie cérébrale. 

En 1979, il offre à Fairouz un album marquant, "Wahdon", teinté de jazz et de modernité. Mais c’est sur les planches et dans les studios de radio qu’il exprime pleinement sa voix singulière. Son théâtre satirique, commencé dès 1974, connaît un immense succès populaire. Jouant lui-même dans ses pièces, il y dénonce les injustices sociales, la corruption politique et les absurdités de la guerre civile, avec un humour acerbe et une lucidité rare. Le Monde souligne que "son théâtre, empreint d’un humour corrosif, dénonce les travers de la politique libanaise et les inégalités sociales. Il demeure, à ce jour, d’une mordante acuité"

Une voix de la résistance et de la gauche radicale

Contrairement à sa mère, restée discrète politiquement, Ziad Rahbani n’a jamais caché ses convictions. Militant communiste, soutien affiché de la cause palestinienne, il écrivait dans le journal Al-Akhbar, proche du Hezbollah, et plaidait pour la justice sociale. Dans un hommage vibrant, The Palestine Chronicle a salué "la voix inflexible de la résistance et de la révolution", évoquant "un communiste engagé qui s’était rallié à la cause palestinienne" et un artiste dont "les œuvres ont brisé les tabous sociaux, attaquant violemment la discrimination et mettant en lumière des personnages issus de la classe ouvrière". Cette liberté de ton lui a valu admiration et… controverses. "Ziad a dérangé les riches, embarrassé les conservateurs et irrité les libéraux, au point que certains avaient même souhaité sa chute", ajoute The Palestine Chronicle.

Une œuvre saluée dans le monde entier

De Film ameriki tawil à Bennessbé labokra chou ?, ses pièces de théâtre ont marqué des générations de Libanais, de même que ses albums. Sa capacité à mêler musique orientale, jazz et paroles percutantes a fait de lui "l’une des figures les plus marquantes de la musique arabe contemporaine", selon al-Jazeera, qui regrette la perte de "la voix rebelle et mélancolique de Beyrouth"

Libération, pour sa part, évoque la disparition d’"une légende de la musique libanaise qui avait mis son art de l’hybridation musicale et de la mise en scène au service d’une satire politique de son pays", rappelant qu’il n’était "pas du genre consensuel", toujours prompt à pointer "les dérives claniques d’un pays soumis aux arrangements entre gens de bonne famille". Outre-Atlantique, The New York Times souligne que ses chansons ont "forgé un nouveau son pour le monde arabe" et que ses pièces ont "critiqué avec virulence la corruption politique de son pays"

Un adieu national

Les obsèques de l’interprète de "Bala wala chi", "sans une seule chose" en français, ont eu lieu lundi 28 juillet en l’église de la Dormition à Mhaydsé-Bickfaya, en présence de nombreuses personnalités politiques, culturelles et artistiques du pays, comme l’a rapporté L’Orient-Le Jour. La presse libanaise et internationale a unanimement salué la mémoire d’un artiste immense, inclassable et profondément attaché à la liberté. "Le Liban et le monde arabe perdent l’un des piliers les plus importants de l’art et de la musique", résume al-Jazeera. Et le mot de la fin revient à Libération qui assure que "C’est peu de dire que le Liban le pleure"

Par
Kahina Boudjidj