Mort du streamer Jean Pormanove : la ministre chargée du numérique porte plainte contre la plateforme qui a diffusé son décès en direct

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:37
Instagram @jeanpormanove
Une semaine après le décès du streamer Jean Pormanove, la justice française s’empare du dossier. Le parquet de Paris a ouvert une enquête visant la plateforme Kick, soupçonnée de manquements graves, tandis que la ministre du Numérique Clara Chappaz a annoncé vouloir porter plainte.

Le milieu du streaming français est bouleversé. Dans la nuit du 17 au 18 août dernier, Jean Pormanove, connu sous le pseudonyme JP et de son vrai nom Raphaël Graven, est décédé à l’âge de 46 ans alors qu’il participait à un marathon de dix jours diffusé sur la plateforme Kick. Le drame s’est produit à Contes, près de Nice, en présence de deux autres streamers, Safine et Naruto, membres du collectif Lelokal.

Des soupçons accablants autour du collectif Lelokal

Peu après l’annonce de son décès, les réseaux sociaux se sont enflammés, plusieurs internautes évoquant un manque de sommeil, l’ingestion de produits toxiques et même des violences physiques infligées au streamer. Une vidéo montrant ses compagnons de diffusion tentant de le réveiller en lui lançant une bouteille en plastique a particulièrement choqué, relançant les accusations de maltraitance.

Le parquet de Nice a ouvert une enquête judiciaire et ordonné une autopsie afin de déterminer les circonstances exactes de sa mort. Lelokal n’en est pas à sa première controverse : le collectif avait déjà été visé l’an dernier par des poursuites pour "provocation publique […] à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur handicap", "violences volontaires en réunion sur personnes vulnérables" et "diffusion d’enregistrement d’images relatives à la commission d’infractions". En décembre, Mediapart avait par ailleurs publié une enquête dénonçant les humiliations et sévices subis par JP lors de précédents streams.

Kick prend des mesures 

Sous pression après la diffusion en direct du drame, la plateforme Kick a réagi rapidement. Dans un communiqué officiel, elle a déclaré : "Nous sommes profondément attristés par la disparition de Jean Pormanove et adressons nos sincères condoléances à sa famille, à ses amis et à sa communauté. Tous les co-streamers ayant participé à cette diffusion en direct ont été bannis dans l’attente de l’enquête en cours". Kick a également annoncé une révision de ses pratiques en France : "Nous nous engageons à collaborer pleinement avec les autorités dans le cadre de ce processus. En outre, nous avons mis fin à notre collaboration avec l’ancienne agence française de réseaux sociaux et entreprenons une révision complète de notre contenu en français"

Une enquête judiciaire déclenchée

Une semaine après le drame, les autorités françaises resserrent l’étau autour de la plateforme de streaming Kick. Ce lundi 25 août, la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire visant la société australienne. Dans un communiqué diffusé le mardi 26 août, le parquet précise que la procédure est engagée "du chef de fourniture en bande organisée de plateforme en ligne illicite". L’objectif ? Vérifier si Kick "fournissait en connaissance de cause, des services illicites, notamment par la diffusion de vidéos d’atteintes volontaires à l’intégrité de la personne".

Les investigations doivent aussi déterminer si la plateforme "satisfait aux obligations issues du règlement européen sur les services numériques, notamment l’obligation de signaler aux autorités les risques d’atteintes à la vie ou à la sécurité des personnes". En parallèle, la ministre déléguée chargée du Numérique, Clara Chappaz, a annoncé son intention de saisir la justice. Elle reproche à Kick son inaction. "Kick n’a pas fait tout ce qui était possible pour mettre fin à la diffusion de contenu qui était dangereux", a-t-elle déclaré à l’issue d’une réunion organisée à Bercy. Autour de la table se trouvaient des représentants de trois autres ministères (Économie, Intérieur et Justice), ainsi que l’Arcom et la Cnil. Affaire à suivre. 

Par
Kahina Boudjidj