Mort de Michel Blanc : comment est née la troupe mythique du Splendid ?

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 17:35
ABACA
De l'insouciance lycéenne aux plus grandes scènes de l'humour français, l'histoire du Splendid est celle d'une amitié indéfectible qui a révolutionné la comédie. Avec le décès de Michel Blanc, c'est une page qui se tourne pour cette troupe mythique qui a marqué des générations de spectateurs.

C’est sur les bancs du prestigieux lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine que l’histoire du Splendid commence au début des années 1960. Quatre adolescents passionnés de cinéma et de théâtre s’y rencontrent : Michel Blanc, Gérard Jugnot, Christian Clavier et Thierry Lhermitte. 

Comme le raconte Gérard Jugnot au Monde en 2016 : "Je projetais mon premier film, Plombfinger, une parodie de Goldfinger dans laquelle j’interprétais Jean Bon 007. Christian qui, à l’époque, imitait à la perfection notre prof d’allemand, façon Louis de Funès, m’a présenté Thierry Lhermitte, un fils de grand bourgeois en révolte contre son milieu."

Michel Blanc se souvient de sa première rencontre avec Jugnot en classe de troisième et racontait au Parisien : "On s’était assis l’un à côté de l’autre et on a commencé le concours de bêtises. On n’était pas des hooligans, mais on passait des petites phrases sous la table pour faire marrer les potes. À la fin du cours d’allemand, le prof nous a regardé et a dit: ‘Tous les deux, plus jamais ensemble!’ C’était prémonitoire."

Le Splendid : des débuts sur les planches

Animés par leur passion commune, les quatre amis commencent à monter leurs premiers spectacles au sein du club de théâtre du lycée. Gérard Jugnot apparaît comme le moteur du groupe.

Une rencontre déterminante a lieu lorsque Tsilla Chelton, future "Tatie Danielle" au cinéma, vient donner une conférence sur le théâtre au lycée. Les quatre garçons, fascinés, décident de suivre ses cours d’art dramatique après le bac. 

C’est également au lycée Pasteur que le quatuor fait la connaissance de Marie-Anne Chazel, scolarisée dans un établissement pour filles juste en face. La troupe s’agrandit peu à peu.

La naissance officielle du Splendid

En 1974, animés par l’envie de créer leur propre lieu de spectacle, la bande retape une ancienne pizzeria du quartier Montparnasse à Paris. Comme l’explique Josiane Balasko, qui a rejoint le groupe entre-temps : "On voulait faire un café-théâtre où on serait chez nous, ne pas avoir à passer d’auditions ou être à la merci d’un directeur qui pouvait nous virer, écrire ce dont on avait envie. On était une force, on était ensemble."

Le Splendid est né. La troupe, complétée par Bruno Moynot, monte ses premières pièces dans ce lieu qui deviendra mythique. Leur humour potache et leurs répliques cultes font rapidement mouche auprès du public.

Des planches à l’écran : la consécration 

Le succès arrive en 1977 avec la pièce "Amours, coquillages et crustacés", inspirée des souvenirs de vacances au Club Med. L’année suivante, elle est adaptée au cinéma sous le titre " Les Bronzés". Le film rassemble 2,3 millions de spectateurs, propulsant le Splendid au rang de troupe comique incontournable.

S’ensuivent d’autres succès comme "Les Bronzés font du ski" et l’inoubliable "Le Père Noël est une ordure" en 1982. Malgré l’accueil mitigé de la critique, ces films deviennent rapidement cultes auprès du public français.

La fin d’une époque

Au début des années 1980, la troupe commence à se disperser, chacun poursuivant sa carrière en solo. Michel Blanc est le premier à prendre ses distances : "Ce n’était pas contre mes potes. Je me demandais : ‘Est-ce que j’existe ou est-ce que je suis 1/7e du Splendid ?’"

Malgré cette séparation, les liens d’amitié perdurent. La bande se reforme ponctuellement, notamment pour le tournage des " Bronzés 3" en 2006. En 2021, ils reçoivent ensemble un César d’honneur, consécration d’une aventure collective hors du commun.

Le décès de Michel Blanc le 4 octobre 2024 marque la fin d’une époque. Dans un communiqué commun, ses anciens camarades du Splendid expriment "d’une seule voix" leur "douleur immense" face à la disparition de celui qui restera à jamais l’inoubliable Jean-Claude Dusse des "Bronzés".

Par
Mélissa Tellaa