Le metteur en scène Robert Wilson est mort à l’âge de 83 ans

Publié le 1 août 2025 à 12:15
Jiji Press/ABACA
Figure majeure du théâtre contemporain, Robert Wilson s’est éteint le 31 juillet à l’âge de 83 ans. Metteur en scène visionnaire, il a bouleversé les codes du spectacle vivant avec des œuvres comme Le Regard du sourd ou Einstein on the Beach. 

Le théâtre perd l’un de ses géants. Robert Wilson, metteur en scène américain et figure majeure de la scène contemporaine, s’est éteint à l’âge de 83 ans, dans la nuit du 30 au 31 juillet à Water Mill (État de New York), "entouré de ses proches", selon sa fondation. Celui qui avait révolutionné l’art de la scène avec Le Regard du sourd et réinventé l’opéra avec Einstein on the Beach laisse derrière lui une œuvre immense, expérimentale, totale.

Bob Wilson aura travaillé jusqu’au bout

L’annonce a été faite par la Robert Wilson Arts Foundation, qui précise que l’artiste est décédé "des suites d’une maladie brève mais foudroyante". "Nous sommes dévastés d’annoncer le décès de Robert M. Wilson, artiste, metteur en scène de théâtre et d’opéra, architecte, scénographe et éclairagiste, plasticien", a-t-on pu lire. Il était précisé que "Bien qu’il ait affronté son diagnostic avec lucidité et détermination, il a ressenti le besoin de continuer à travailler et à créer jusqu’au bout. Ses œuvres pour la scène, sur papier, ses sculptures et ses portraits vidéo, ainsi que le Watermill Center, resteront son héritage artistique".

Ce centre pluridisciplinaire qu’il avait fondé en 1992 à Water Mill, considéré comme un véritable laboratoire d’expérimentation artistique, a été son dernier refuge. Il y a passé ses deux derniers mois, à créer encore, avec ceux venus du monde entier pour apprendre. "C’était un artiste sans égal", a résumé Jack Lang, qui l’avait fait venir en France en 1971 dans le cadre du Festival de Nancy. Et d’ajouter qu’"Il a bouleversé l’art de la scène. On ne regarde plus après Bob Wilson comme on regardait avant". C’est justement lors de cette venue que Le Regard du sourd avait marqué les esprits. Présenté d’abord à Nancy, puis à Paris, à la Gaîté-Lyrique, le spectacle a inspiré à Louis Aragon une lettre bouleversante à son ami André Breton, disparu depuis longtemps. 

La ministre de la Culture rend hommage à l’artiste 

"Eh bien, c’est précisément là que s’est passé le miracle. Le silence. (…) Le monde d’un enfant sourd s’ouvrait à nous comme une bouche muette. Plus de quatre heures, nous allions habiter cet univers où, en l’absence des mots, des sons, soixante personnages n’auront de paroles que de bouger. Je veux te le dire tout de suite, André, parce que, même si ceux-là qui ont inventé le spectacle n’en savent rien, c’est pour toi qu’ils le jouent, pour toi qui l’aurais aimé comme moi, à la folie. (…) Je n’ai jamais rien vu de plus beau en ce monde depuis que j’y suis né", avait écrit le poète à son sujet. 

Né le 4 octobre 1941 à Waco, au Texas, Robert Wilson a commencé ses expériences dans le garage familial. Installé à New York dans sa jeunesse, il s’est rapproché des milieux artistiques de l’avant-garde, côtoyant Andy Warhol. Mais c’est en 1976 que le monde découvre vraiment Bob Wilson, grâce à l’ovni scénique qu’est Einstein on the Beach, opéra de près de cinq heures, monté avec le compositeur Philip Glass. Ses mises en scène de Peter Pan, Turandot ou encore La Flûte enchantée ont fait date, tout comme ses créations plastiques. `

Sur X, ex-Twitter, la ministre de la Culture Rachida Dati lui a ainsi rendu hommage : "Bob Wilson était un artiste visionnaire, un maître de la mise en scène, un sculpteur de la lumière. Né aux États-Unis, il a profondément marqué ses contemporains, notamment en France où il créa tant. Mes pensées vont vers celles et ceux qui ont eu la chance de travailler avec lui et d’apprécier ses œuvres tant scéniques que plastiques. J’adresse toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches".

Par
Kahina Boudjidj