La chanteuse Catherine Ribeiro, figure emblématique de la scène musicale française des années 70, s’est éteinte dans la nuit du 22 au 23 août 2024 à l’âge de 82 ans.
Catherine Ribeiro : une carrière hors du commun
Née le 22 septembre 1941 à Lyon dans une famille d’immigrés portugais, Catherine Ribeiro débute sa carrière artistique comme actrice. On la retrouve notamment dans "Les Carabiniers" de Jean-Luc Godard en 1963. C’est sur ce tournage qu’elle rencontre le musicien Patrice Moullet, avec qui elle formera plus tard le groupe Alpes.
Dans les années 60, elle fait ses débuts dans la chanson et devient brièvement une vedette yéyé. Elle figure même sur la célèbre "photo du siècle" de Jean-Marie Perrier, aux côtés de Johnny Hallyday et Eddy Mitchell. Mais rapidement, la jeune femme prend ses distances avec ce milieu, ne souhaitant pas "devenir une cover-girl" comme elle le confiera plus tard.
La voix puissante et engagée de Catherine Ribeiro
C’est avec le groupe Alpes en 1969 que Catherine Ribeiro trouve véritablement sa voie artistique. Aux côtés de Patrice Moullet, elle développe un style musical unique, mêlant rock progressif et chanson française. Sa voix grave et profonde, souvent comparée à celle de Patti Smith, devient sa signature.
Mais c’est surtout par ses textes engagés que Catherine Ribeiro marque les esprits. Surnommée la "pasionaria rouge", elle milite à travers ses chansons pour de nombreuses causes : contre la guerre du Vietnam, pour la Palestine, en faveur des réfugiés chiliens et espagnols… Elle n’hésite pas non plus à s’attaquer directement au pouvoir en place, notamment au président Valéry Giscard d’Estaing.
"Libre et libertaire sans jamais accepter un clan plutôt qu’un autre", comme elle se définissait elle-même dans Les Inrockuptibles en 2018, Catherine Ribeiro incarne l’esprit contestataire des années 70. Elle est souvent considérée comme l’héritière de Léo Ferré, qui disait d’elle : "La beauté insoumise de Catherine et sa colère chevillée à l’âme incommodent le show business."
Une artiste en marge du système
Malgré un certain succès, Catherine Ribeiro reste en marge de l’industrie musicale dominante. Les grands médias la boudent, méfiants vis-à-vis de ses textes subversifs. Même sa maison de disques Philips prend ses distances, allant jusqu’à inscrire sur certains albums que "les textes de ces chansons n’engagent que leur auteur".
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La scène devient alors son refuge. Avec Alpes, elle remplit les salles et donne des centaines de concerts, dont certains restés mémorables. "Nous avons éclairé nos spectacles exclusivement à la bougie jusqu’en 1974", racontait-elle à Libération. "Ça donnait une lumière fragile et apaisante. Sans courant d’air, les bougies tenaient une heure et demie. Sinon, on finissait dans l’ombre."
Au fil des années, Catherine Ribeiro s’éloigne progressivement de la vie publique. Dans les années 2010, elle s’installe en Allemagne et devient de plus en plus insaisissable. En 2013, elle confiait au Point : "Je sais, c’est hallucinant pour quelqu’un qui a fait six fois la Fête de l’Humanité devant 120 000 personnes, mais marcher en ville me fait peur."
C’est finalement dans une maison de retraite à Martigues, dans le sud de la France, que Catherine Ribeiro s’est éteinte. Elle laisse derrière elle une œuvre riche de neuf albums avec Alpes, ainsi que plusieurs projets solo, dont des hommages à Édith Piaf et Jacques Prévert.