« Depuis l’accident, j’y pense presque à chaque descente » : Le témoignage poignant de Thibaut Pinot sur la mort de Gino Mäder

Publié le 22 juin 2023 à 10:33
ANSA/ABACA
Le 15 juin dernier, Gino Mäder est décédé tragiquement après une chute survenue sur le Tour de Suisse. Alors qu'il participe ce week-end aux Championnats de France de cyclisme sur route, Thibaut Pinot confie être très marqué par ce drame.

C’est une disparition qui est encore dans toutes les têtes. Le 15 juin dernier, lors de la 5e étape du Tour de Suisse, Gino Mäder a été victime d’une chute fatale dans une descente effectuée à une vitesse vertigineuse. "Malgré les efforts de l’équipe phénoménale de l’hôpital de Coire, Gino Mäder n’a pas pu relever son dernier et plus grand défi et à 11h30, nous avons dû dire au revoir à l’une des lumières de notre équipe. C’est avec une profonde tristesse et le cœur lourd que nous devons annoncer le décès de Gino Mäder. Le vendredi 16 juin, à la suite d’une très grave chute lors de la cinquième étape du Tour de Suisse, Gino a perdu son combat pour se remettre des graves blessures qu’il avait subies. Toute notre équipe est dévastée par cet accident tragique, et nos pensées et nos prières vont à la famille de Gino et à ses proches en cette période incroyablement difficile", avait annoncé sa formation Bahrain Victorious.

Ce drame a beaucoup marqué dans le monde du cyclisme. Absent du Tour de Suisse, Thibaut Pinot connaissait toutefois bien Gino Mäder, avec qui il a échangé à de nombreuses reprises au sein de peloton, comme il le raconte auprès de l’AFP avant de prendre part aux Championnats de France : "Je l’ai appris pendant un entraînement à La Cluzaz. C’était très compliqué de terminer, j’étais abasourdi. Gino était un coureur qui, comme moi, aimait traîner à l’arrière du peloton et on se retrouvait souvent à parler. Je l’aimais beaucoup. Je m’étais échappé avec lui sur la dernière étape de la Vuelta. On était tous les deux ensemble. C’est dramatique."

Très touché, Thibaut Pinot confie être troublé par la mort de Gino Mäder lorsque le Français se retrouve sur des portions périlleuses sur la route : "Depuis l’accident, j’y pense presque à chaque descente à l’entraînement. Pourtant je n’étais même pas sur le Tour de Suisse. Pour ceux qui y étaient ça doit être encore plus difficile. Je suis un coureur qui prend un peu moins de risques que les autres parce que j’ai vraiment conscience du danger. On dit souvent qu’il faut débrancher le cerveau dans le vélo. J’ai vraiment du mal avec cette idée. On pratique un sport dangereux. Cette descente, je l’avais faite il y a presque 10 ans, c’était la même étape. Et je m’en rappelle très bien: j’avais lâché parce que j’avais peur de la vitesse. C’était dans la période où on me critiquait beaucoup sur ma prudence dans les descentes. Mais les gens ne se rendent pas compte de ce qu’on fait sur un vélo à 100 km/h. On oublie très vite les risques qu’on prend."

Par conséquent, Thibaut Pinot souhaiterait que davantage de mesures de sécurité soient instaurées afin de mieux garantir la sécurité des coureurs : "Les arrivées en bas de descente, on l’a vu aussi sur le Tour du Pays basque, posent souvent problème. Mais les descentes font partie de la course. Après, pourquoi ne pas mettre plus de filets de protection comme on le fait dans le ski ? Nous, on n’a vraiment rien pour se protéger. Je pense que c’est là-dessus qu’on peut travailler." Néanmoins, le Français de la Groupama-FDJ estime que le cyclisme a encore du chemin à faire à ce niveau : "On sait bien que ça fait partie du spectacle. C’est toujours plus vendeur. Lorsqu’on voit à la télé le résumé d’une étape, presque un tiers des images sont consacrées aux chutes. Pour nous coureurs, c’est malheureux de voir ça parce qu’il y a autre chose à montrer dans notre sport."

N.O

Par