Dans un rapport publié mercredi 17 juillet, plusieurs femmes ont témoigné contre l’Abbé Pierre et accusent le prêtre, décédé en 2007, d’agressions sexuelles comme ont rapporté en exclusivité nos confrères du média La Croix. C’est au moins de juin 2023 qu’une femme prend contact avec l’organisation Emmaüs pour parler de "gestes graves" qui lui ont été imposés par le fondateur de l’organisation à la fin des années 1970 et ce, alors qu’elle était mineure. Et elle ne sera pas la seule à accuser Henri Grouès, de son vrai nom, du pire… Quelques mois plus tard, une délégation d’Emmaüs la rencontre et une enquête est demandé au cabinet Egaé, "structure de référence pour les violences sexuelles", dirigé par Caroline De Haas, fondatrice de l’association Osez le féminisme !.
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La famille de l’Abbé Pierre était au courant du non-respect de sa chasteté
Après deux mois de travail et douze entretiens dirigés par Caroline De Haas, le rapport d’enquête a été publié donc été publié ce jour par Emmaüs International. La Croix précise qu’il contient "Huit pages qui compilent des extraits de témoignages – directs ou non – de sept victimes présumées du prêtre décédé en 2007". "Leurs récits, qu’elles ont voulu anonymes, s’étalent entre la fin des années 1970 et 2005. Six femmes rapportent des faits pouvant être qualifiés d’agressions sexuelles. Une autre fait état de propos sexistes et de sollicitations dérangeantes", ont ajouté nos confrères.
Guy Tuscher, le neveu de l’Abbé Pierre, a accepté pour la première fois de dire comment il vit la chute de la star de sa famille à nos confrères de France Bleu. Il savait notamment que son oncle ne respectait pas son vœu de chasteté, mais il assure ne pas avoir été au courant des agressions sexuelles. "Je l’admirais beaucoup. C’était troublant pour nous de savoir qu’on avait un oncle aussi célèbre", s’est d’abord souvenu Guy Tuscher. Sur la révélation de l’affaire, il a confié : "Cela a été violent. Mais, en fait, moi, je savais. Nous, dans la famille, on savait tous que la sexualité de notre oncle était problématique. Ma mère nous en avait parlé. Par contre, les agressions sexuelles telles qu’elles ont été décrites, non, on ne les connaissait pas. Ma mère Anne-Marie, sa sœur, elle s’était énormément engueulée avec lui sur le sujet. Elle savait très bien que le célibat, pour lui, c’était quelque chose d’insupportable".
L’Abbé Pierre n’a jamais voulu régler "ses problèmes"
"En fait, elle lui en a énormément voulu quand il est devenu prêtre parce qu’elle savait que ça ne correspondait pas à ce qu’il était. C’était son frère préféré. C’était un garçon brillant, plein de vie, mais il a choisi d’abord de se faire moine chez les Capucins, un ordre très rigoureux qu’il a quitté au bout de sept ans car il était tombé malade. C’était exactement l’inverse de sa personnalité. Ma mère lui disait de faire une psychanalyse pour régler ses problèmes, mais il n’a jamais voulu. Ma mère disait souvent aux personnes qui l’interrogeaient : ‘J’ai le redoutable privilège d’être la sœur de l’Abbé Pierre’", a détaillé Guy Tuscher.
Et de reprendre : "En fait, c’est une déception par rapport à l’homme. Pourquoi a-t-il pris le risque qu’un jour cela se sache et de détruire toute l’œuvre qu’il avait accomplie humainement et politiquement ? Moi, je soutiens ces femmes qui ont raconté ce qu’elles ont subi. Elles doivent parler pour qu’un processus de guérison se mette en place et pour mettre loin d’elles ce qu’elles ont vécu avec lui. Mais on ne peut pas non plus dire que tout ce qu’il a fait est à jeter. Ce n’est pas possible". Guy Tuscher a précisé que "sans le mouvement #MeToo, qui les aurait crues ?". "En même temps, tout le monde savait qu’il y avait un problème, l’Église, l’État, qui n’a pas voulu lui remettre la Légion d’honneur, et même Emmaüs, qui n’avait pas intérêt à l’époque à ce que cela se sache", a-t-il conclu avec franchise.