« Ce fut l’élément déclencheur pour moi… » : Séverine Ferrer présente son spectacle, La voie des femmes

Publié le 14 avril 2023 à 19:06
Abaca
L’ex-animatrice télé, comédienne et metteuse en scène, se lance dans une grande aventure : mettre en scène 9 personnalités, évoquant leur quotidien de femmes dans un spectacle puissant.

Qu’aviez-vous retiré de votre participation à la longue tournée des Monologues du vagin, pièce de théâtre féministe d’Eve Ensler ?

Séverine Ferrer : Pendant 10 ans, j’ai pu échanger avec des femmes et des hommes après chaque représentation. J’ai été marquée par ce que j’ai entendu, par leurs retours. Mine de rien, ce spectacle a fait bouger les lignes, il a ouvert la voie à la libération de la parole féminine.

Vous avez ressenti l’envie de prolonger l’expérience en montant votre propre spectacle ?

Oui. Pendant le confinement, nous avons été nombreuses, comédiennes, chanteuses, animatrices, à recevoir des messages de femmes via les réseaux sociaux. Ces "invisibles", bloquées entre quatre murs, avec parfois des maris violents. Ce fut l’élément déclencheur pour moi : il fallait qu’on prenne la parole pour celles qui ne l’ont pas. Raconter nos expériences pour que d’autres les entendent et se rendent compte qu’elles ne sont plus seules.

A quoi ressemble ce spectacle ?

C’est un grand livre ouvert, avec des histoires magnifiques, émouvantes, drôles, des histoires de femmes, mais qui s’adressent aussi aux hommes car sans eux, nous ne serions rien et vice versa. La distribution change régulièrement, cinq femmes se succèdent chaque soir sur scène, parmi lesquelles Tonya Kinzinger, Enora Malagre, Denitsa Ikonomova, Charlotte Gaccio, Nathalie Marquay Pernaut, Rebecca Hampton… Certaines lisent leur propre témoignage, d’autres, pour qui l’exercice est trop difficile, le confient à l’une d’entre nous.

C’est un spectacle qui s’inscrit dans la lignée du mouvement #metoo ? Il y est, entre autres, question d’abus et de violences subies…

A l’époque de #metoo, très peu d’entre nous ont témoigné. Pas du tout par lâcheté, loin de là. Mais ce n’était pas le bon moment. A l’heure d’internet et de la surmédiatisation, tout ce que vous dites est repris encore et encore. Une carrière est si compliquée à construire et si facile à défaire… Et nous n’avions pas envie d’éclabousser nos familles. Pour ce spectacle, j’ai donné carte blanche aux filles, pour qu’elles puissent écrire avec leurs mots, leur cœur, et leurs tripes. Il y a quelque chose de très thérapeutique pour certaines. Tonya Kinzinger va, par exemple, raconter pour la première fois la perte de son enfant.

Vous espérez le jouer aussi longtemps que Les Monologues du vagin ?

Oui mais il n’y a pas que le spectacle ! Nous mettons également en place des ateliers d’écriture au sein d’associations afin de recueillir la parole des femmes. Et dans quelques années, nous aimerions remonter sur scène, avec elles, pour défendre ensemble leurs textes. J’ai vraiment envie de les mettre en lumière, ce sont les vraies héroïnes du quotidien.

Vous qui êtes une enfant de la télé, aimeriez-vous faire un documentaire avec toute cette matière ?

Oui, bien sûr. Ces rencontres sont tellement enrichissantes et inspirantes pour moi. Surtout que dans toutes ces histoires, il y a toujours de l’espoir.

Interview Amandine Scherer

* La voie des femmes. Mise en scène Séverine Ferrer et Léa Lando. En tournée dans toute la France à partir du 3 mai

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