Caroline Vigneaux : « Louis de Funès m’a donné le goût de la comédie »

Publié le 17 janvier 2025 à 10:25
ABACA
En pleine tournée avec son nouveau One woman show In Vigneaux Veritas, l’humoriste Caroline Vigneaux fait une halte au Festival de comédie de l’Alpe d’Huez. L’occasion d’un bilan d’étape. 

Il y a un an, presque jour pour jour, vous débutiez votre nouveau seule en scène au Théâtre Edouard VII, à Paris, avant de partir en tournée dans toute la France. Êtes-vous une humoriste comblée ?

Caroline Vigneaux. La bonne nouvelle, c’est que les dates parisiennes au Théâtre Édouard VII ont été un succès : nous étions complets tous les soirs. Et du coup, j’ai gardé ma maison ! J’avais mis la maison héritée de papa en gage : beaucoup de gens avaient prédit que je la perdrai, que j’avais vu trop grand et que je ne remplirai jamais une telle salle. Le bouche à oreille a été vraiment magnifique : on a fait plus de 40 000 spectateurs ! J’en suis évidemment très heureuse. Je garde ma maison mais je mets un petit guillemet puisque je viens de l’hypothéquer de nouveau pour louer le Grand Rex pour trois dates parisiennes les 20, 21 et 22 mars prochain. Le spectacle sera capté pour la télévision : je viens de mettre en vente 9000 places. J’ai donc de nouveau une "petite" angoisse. En revanche, je n’en ai plus trop sur le fait que les gens aiment le spectacle.

Un an de tournée, c’est combien de dates ?

150 ! Il faut garder la maison ! Une production de spectacle, c’est très chère, beaucoup de gens travaillent pour la faire exister. J’ai donc joué un jour sur deux : mes enfants m’appellent Madame !

Quels sont les retours de spectateurs qui vous ont le plus touchée ?

Au-delà du "On a bien ri" qui est primordial parce qu’il s’agit d’un spectacle d’humour, les témoignages qui m’ont le plus touchée sont ceux des personnes qui me disent "Je traverse un deuil, je ne pensais pas m’amuser et vous m’avez fait rire avec l’histoire de la disparition de votre papa. Vous m’avez fait du bien, merci !" Ce spectacle, je l’ai écrit pour ça. J’ai été tellement anéantie par la mort de mon père, aujourd’hui je vais mieux et je tenais à lancer ce message d’espoir. Je pensais que je ne rirai plus jamais, j’ai été hospitalisée, et aujourd’hui, j’ai appris à rire avec le manque, et on rit ensemble de la mort de mon père. Il aurait détesté me voir à l’hôpital après sa disparition. Je ne veux pas que mes enfants meurent de tristesse après la mienne. Si mon spectacle aide des gens à traverser un deuil, je suis ravie. La deuxième partie des témoignages concerne le viol. Beaucoup de femmes, mais aussi des hommes – je parle des survivantes et des survivants – qui ont subi des agressions sexuelles ou des viols sans avoir eu la force de porter plainte, me disent qu’après le spectacle, ils ont finalement décidé de le faire.

Caroline Vigneaux : "J’ai très envie de faire du cinéma"

Le viol est le seul crime dont les coupables se disent innocents et les victimes se sentent coupables, selon un magistrat que j’ai entendu récemment…

C’est très juste. Je l’ai vécue. Quand cela m’est arrivée, c’était chez moi, avec quelqu’un que je connaissais et qui a profité du fait que je dormais, et, du coup, je me suis senti responsable de l’avoir invité chez moi. En gros, j’avais été éduquée comme cela "Si cela t’arrive, tu l’as bien cherché". Ce qui est fou, ce n’est pas un crime d’inviter un copain à dormir chez soi ! Bref, grâce à #Metoo, j’ai eu le courage d’en parler, il en faut sacrément, pour aider et donner de la force aux autres victimes. Comme pour le deuil, en somme ! D’avoir des femmes qui viennent me dire que je leur fais du bien parce qu’elles n’ont pas réussi à porter plainte, c’est hyper touchant. Je leur dis chacun fait son chemin, chacun fait comme il peut, il n’y a surtout pas de honte à ne pas avoir eu la force de le faire mais si vous pouvez, faites-le. Et surtout, le viol ne nous détermine pas comme personne.

Nous sommes à l’Alpe d’Huez, au festival de comédie : pourquoi ne vous voit-on pas au cinéma ?

Je n’ai pas la réponse. Je sais que j’ai très envie de faire du cinéma. Peut-être que l’on ne me propose rien parce que les gens pensent que je refuserais puisque j’ai toujours travaillé en solo et que je n’ai pas de connexions avec le milieu. J’attends de belles propositions. Ce qui est sûr en revanche, c’est que je n’ai pas envie d’en faire à n’importe quel prix. Je ne me dénaturerai pas.

Si vous deviez citer trois comédies cultes pour vous ?

Vu l’endroit où nous sommes, obligé, Les Bronzés font du ski, de Patrice Leconte. Absolument cultissime. Qui n’a pas chanté "Étoile des neiges…" bloqué sur un télésiège ?

Et qui n’a pas été profondément attristé de la disparition de Michel Blanc ?

Exactement. Je lui rends hommage lorsque je fais le sketch sur l’excursion en montagne à la Réunion, avec le piqué du bâton. Tous les soirs, la salle applaudit, les gens ont été vraiment touchés par sa mort.

Bientôt des dates à New York et Los Angeles !

Vos autres choix sont ?

Un poisson nommé Wanda (Charles Crichton et John Cleese) m’a vraiment fait exploser de rire et reste à mes yeux une référence. Et toutes les comédies de Louis de Funès avec lesquelles j’ai grandi. Je connais Le Corniaud par cœur : "Qu’est-ce que je vais devenir ? Un piéton !", le Youkounkoun… Je me souviens de la mort de De Funès, en 1983, j’étais petite, et j’ai beaucoup pleuré. C’est lui qui m’a donné le goût de la comédie. Et en pièce de théâtre, Croque-Monsieur, avec Jacqueline Maillan, c’est elle qui m’a donné la liberté d’être une femme qui peut dire ce qu’elle veut sur scène.

Vous avez réalisé l’excellente comédie Flashback en 2021, diffusée sur la plateforme Prime Video : allez-vous récidiver ?

J’ai très envie de monter la prochaine. J’ai fini de l’écrire, il faut désormais trouver des financements.

Donc, pour l’heure, c’est la tournée de votre troisième seule en scène qui vous accapare…

Il me reste encore un an et demi à jouer dans toute la France. Je vais même faire quelques dates aux États-Unis, à la rencontre de la communauté française, à New York et Los Angeles.

En une année, votre spectacle a-t-il changé puisque l’actualité est pour vous une source d’inspiration ?

J’ai écrit de nouveaux passages : certaines improvisations sont restées et des sketches, comme celui sur l’Intelligence artificielle ont disparu tant la technologie évolue à toute vitesse. On peut avoir vu le spectacle au début et le revoir aujourd’hui : il a changé, c’est l’avantage du spectacle vivant, on le modifie et il s’améliore chaque jour. Au bout d’un an, il est à son meilleur je pense, c’est pour cela que j’ai souhaité en faire la captation pendant les trois dates parisiennes au Grand Rex.

Par
Julien Barcilon