Antoine De Caunes : « Il faut arrêter de considérer que les vieux sont juste des consommateurs »

Publié le 29 mai 2024 à 10:18
ABACA
A l’âge des possibles -70 ans- Antoine de Caunes participe à la création de Vieux, un nouveau magazine donnant la parole à de joyeux et brillants séniors, dès aujourd’hui en kiosques.

Vous aimez dire "Ce n’est pas joyeux de vieillir mais essayons de vieillir joyeusement". C’est ce vous a donné envie d’apporter votre pierre à l’édifice de ce nouveau magazine, "Vieux" ?

Antoine de Caunes. Oui ! Quand Romain Jubert, l’éditeur du magazine Vieux, est venu me trouver il y a quelques mois et qu’il m’a parlé de son projet, je me suis demandé "Pourquoi moi ?". Puis, j’ai réalisé d’un seul coup que j’avais effectivement l’âge d’être concerné par ces questions ! Qu’est-ce que c’est que de vieillir ? Comment est-ce qu’on va en vieillissant ? Comment est-ce qu’on se sent par rapport au monde ? Qu’est-ce qu’il y a de positif à tirer de tout ça ? Vieux n’est ni nostalgique, ni pleurnichard ! On évoque des vrais sujets, mais avec un peu de légèreté, de philosophie, et le point de vue de gens qui ont du vécu.

Ce qui est formidable, par rapport à d’autres magazines, c’est que celui-ci prône le "Je suis vieux et alors ?"…

Ah oui, nous sommes dans l’acceptation totale, car d’abord, cela ne sert à rien de lutter. On peut calfeutrer pendant quelques temps, dissimuler les effets secondaires, mais au fond, on ne change rien. On connaît tous l’issue, donc autant essayer de prendre ça avec un peu de philosophie. Et il faut arrêter de considérer que les vieux sont juste des consommateurs. Ce sont aussi des gens qui réfléchissent et qui sont passionnés par l’époque, qui n’ont pas renoncé.

D’ailleurs, ce n’est pas qu’un magazine pour les séniors ! L’idée est aussi de confronter les points de vue entre générations ?

Oui car il est question de partage et de transmission. Qu’est-ce qu’on a à se dire ? Qu’est-ce qu’on peut donner aux générations suivantes qui nous en veulent de leur laisser le monde dans un tel état ? Comment est-ce qu’on peut avancer ensemble ?

"Mon secret à moi, c’est l’enthousiasme"

Votre grand entretien avec Daniel Auteuil est fantastique… Parlez de l’âge est-il un sujet tabou chez les personnalités connues ?

Pas chez les hommes en tout cas. Pour les femmes de plus de 50 ans, c’est beaucoup plus difficile à vivre, surtout quand elles évoluent dans les métiers d’image, que ce soit au cinéma ou à la télévision. Demandez à ma femme… (l’animatrice de LCP, Daphné Roulier, ex-présentatrice de Canal+). Nous, journalistes hommes, avons une carrière bien plus longue dans le métier que nos consœurs. C’est très injuste.

Quel est le secret pour bien vieillir selon vous ?

Je ne sais pas s’il y a un secret. Il faut d’abord avoir des gènes plutôt favorables, évidemment. Mon secret à moi, c’est l’enthousiasme et une curiosité intacte. Je m’enflamme très rapidement. Au dernier festival de Cannes, je suis tombé littéralement amoureux du film de Jacques Audiard, Emilia Perez, l’un des cinq plus beaux films que j’ai vu dans ma vie. Quand je vois un travail comme celui-là, ça me regonfle, me restimule. J’ai la chance d’avoir un terrain de jeu très ouvert entre la télévision, le cinéma, l’écriture, et l’édition. Je suis tout à fait conscient de ma liberté et je la savoure.

Par
Amandine Scherer